Les questions-réponses en psycho

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QUESTION

"Mon mari et moi vivons dans une philosophie naturiste. Mes enfants, un garçon et une fille sont élevés dans l'idée n ature bonne pour eux et avec peu de contraintes. Notre Emilie agée de 6 ans et demi et Bernard 4 ans ont vécu sans difficulté et avec joie nos vacances en camp Naturiste. Emilie a eu tout récemment des crises de " spasmophilie ", dixit son médecin, et aussi à notre grande surprise elle veut actuellement mettre des maillots de bain alors qu'elle avait accepté la tenue d'Eve avec joie. Nous sommes très surpris et nous nous demandons comment ceci est possible. Est ce une attitude contre nous, contre Bernard qui n'a aucun complexe? Est-ce un épisode de pudeur qui passera? Faudra-t-il arrêter le naturisme. Nous sommes peinés etr surpris car attachés à un monde où la contrainte est à son minima, la sexualité et la nudité vécue sans complexe, monde avec une liberté que notre fille semble refuser. Bien à vous ". Aglaé.

LA REPONSE DE DENISE VINCENT

Le désir est toujours affaire de sexe et oscille entre la quête du consentement de l'autre et le viol de son intimité. Sur la plage naturiste rien ne peut plus arrêter le regard du réel du sexe.Il n'a pas à faire effraction, le réel du sexe est montré au grand jour. Et cependant dans ce lieu restreint de permissivité et de nudité, le désir est congédié aussi sûrement que s'il n'avait jamais existé. Quoi de plus paisible apparemment que ce suspens du désir. Quoi de plus propice aux joies familiales, que ces adultes ramenés à l'innocence du jardin d'Eden. Le jeu du désir se fait avec la limite, l'impudeur suppose la pudeur. Le jeu de la séduction est jeu sur cette limite. Cette vacance du désir, le plaisir de cette interruption ne dit elle pas avant tout la peur du désir? De la même façon certaines femmes prétendent à une certaine désérotisation de la relation hommes-femmes au profit d'une camaderie d'égaux. Elles ne tardent pas à souffrir de ne pas séduire les hommes et de n'être plus regardées.
De là est née l'idée de la parité où le jeu de la séduction entre les sexes disparaitrait. Un tel naturisme sans émoi affecte durablement les rapports hommes-femmes et des corps sans mystères ni secrets affadissent singuliérement leurs échanges. Ce qui se veut au départ libéralisation, abolissement des contraintes aboutit à abolir le fantasme, l'imaginaire et à ignorer le désir.
Voilà ce qui rend le naturisme en famille assez problématique. Tout se passe comme s'il y avait de la part des parents le besoin de faire obstacle à l'imaginaire de l'enfant, à l'élaboration de la scène primitive, celle qui organise le fantasme de l'enfant et est son appréhension du rapport sexuel, de celui de ses parents en particulier et qui déterminera par la suite la sexualité de l'enfant dans son sexe. Les hommes et les femmes ont besoin de la pudeur. La maîtrise de soi ou l'impassibilité du naturiste peut ressembler fort à de l'aridité ou au déni obsessionnel.
Je vais faire appel à un souvenir d'il y a quelques années à l'ile de Ré. L'impudeur des jeunes mères de famille aux seins nus avait créé une étrange situation perceptible du fait que l'une d'entre elles nourrissait un bébé au sein. Le spectacle de cet enfant à la mamelle polarisait l'attention des enfants plus grands qui percevaient très bien l'innocente sensualité du tout petit. Ce qu'on demandait aux ainés d'oublier, c'est à dire cette jouissance partagée entre mère et enfant, était étalée au grand jour. Je me souviens de la masturbation frénétique d'un enfant de quatre ans, contemplant la jouissance du nourrisson tenant à pleines mains le sein convoité. Ce qui était comique était l'embarras des "grandes personnes" comme si la sensualité de la scène venait se mettre en travers de la fiction qu'une mère de famille ne pouvait être un objet érotique. Le comble du comique fut atteint quand une nouvelle famille arrivant, le père éxécuta un baise main impeccable auprés de chaque mère dans leur ostensible impudeur. L'insolite du rapprochement de cette urbanité un peu désuète et de ce modernisme chic faisait choc il y a dix ans, depuis on ne s'en est pas tenu là.

Doit-on prendre la pudeur comme un élément constitutif de notre humanité, de ce qui rend humain? Comment naît la pudeur chez l'enfant? La pudeur est-elle ce qu'on menace, ce qu'on outrage ou ce qu'on attente pour parler comme le code pénal? La pudeur n'est-elle que conformité à un certain code de conduite? S'en protéger consisterait-il à nier la pudeur. La pudeur est évidemment lié aux limites. Ces limites sont variables à différentes époques. Une cheville devait être dérobée au regard, alors que les épaules largement dénudées pouvaient s'afficher sous l'ancien régime. La pudeur doit-elle se limiter au sexe? Couvrir le sexe et seulement le sexe n'est il pas une façon de le souligner? Pourquoi ce qui est choquant en ville devient-il "naturel" sur une plage en plein soleil? Pourquoi ne pas laisser tomber toute pruderie et ne pas se présenter au grand air sans vêtement, si la température le rend agréable? Pourquoi cette limite? Les limites de la pudeur sont incertaines par définition. La nudité ne devient-elle pas décente si elle est organisée par contrat dans un camp de naturistes? Oui certainement. Il y a très rarement des attentats à la pudeur dans ce genre d'organisation, mais d'une certaine façon c'est ce qui en fait l'énigme. Un présupposé sur la renonciation au désir semble le préalable à ce genre de contrat, ce qui est tout de même étrange. Quelle timidité permet cet oubli du désir? Comment le regard peut il devenir si aseptisé qu'il exclut le trouble et l'émotion. Un sexe viril qui s'érige doit-il être neutralisé par le détournement du regard? ou le coupable doit il être foudroyé sur place? Une rougeur brusque, un regard de douceur attendrie est-il une atteinte au contrat naturiste? Est-ce le début du dévergondage? Mais me direz-vous, vêtus d'un maillot de bain nos émotions et nos rougeurs sont elles moins apparentes? Vous avez raison mais nul contrat ne fait la supposition de notre impassibilité, de notre indifférence.

Alors les enfants dans tout cela? Revenons à eux. Eux comme votre petite Emilie, agée de six ans et demi , eux rompent brusquement la fiction de notre indifférence à la chose séxuée. Emilie dénonce cette fiction en montrant que le sexe existe, la sollicite et même chez elle fait symptôme. "La spasmophilie" que diagnostique le médecin est corrélative à sa demande de mettre un maillot comme vous le faites remarquer et c'est très interessant .La spasmophilie n'est que la caricature de ce qui fait notre émoi et notre intérêt pour le sexe et pour cette petite fille son intérêt pour le sexe de papa-maman. La petite crise hystérique dont elle fait représentation vient rappeler à ses parents que le désir sexuel n'est pas ce dont nous avons à avoir honte mais ce qui régit les rapports humains et pour un enfant ce qui a présidé à la rencontre de ses parents. Emilie préférerait voir son père plus assuré dans sa virilité, dans ses prérogatives phalliques. Son bonheur aurait été d'avoir à en faire la conquête avec ses coquêteries de petite fille et de rencontrer chez son père ce qui aurait assurer les limites à son désir incestueux. C'est ce que Freud a appelé le complexe d'Oedipe. Elle fait appel à cette première limite qui est celle du vêtement, faute de comprendre ce qui fait adopter à ses parents une position aussi neutralisée, aussi affadie.. Bernard son petit frère de 4 ans n'en est pas là. Il peut trouver son plaisir à contempler sa mère et triompher de voir son père renoncer publiquement à sa position phallique alors que la rivalité oedipienne aurait été l'épreuve qui avait le plus de chance de révéler le sujet à lui-même et d'en faire un candidat à la jouissance dans la vie adulte.

Je crois que des parents qui croient vivre leur sexualité sans complexe et en toute liberté dans un camp naturiste ont fait l'héritage de plus de 2000 ans de culpabilité devant le sexe qui leur ont fait choisir de vivre hors-sexe.