|
QUESTION
Ma fille va avoir bientôt 6 ans et elle s'oppose constamment à sa
mère (qu'elle frappe...) et plus généralement à ses 2 parents à qui
elle obéit peu....Ses levers le matin pour aller à l'école sont sources
de conflits. Elle arrive régulièrement en retard à l'école quand sa
mère l'emmène. Par ailleurs elle refuse de se coucher et plus
généralement de dormir. Il faut préciser que Mai (ma fille) est une
petite fille adoptée à l'âge de trois semaines au Vietnam. A l'école,
ses maîtresses la trouvent dans sa bulle, en décalage avec le rythme de
la classe (intervenant hors propos). Elle est par ailleurs très lente.
Avec ses camarades elle est semble-t-il en retrait dans la cour puis par
moment jette son dévolu sur un(e) camarade et son assiduité fait souvent
que la relation se termine mal. (elle demande souvent; t'est toujours ma
copine ? de la même façon qu'elle nous demande :"T'es toujours mon
papa?" en se trompant même en disant "est-ce que tu es toujours
ma fille?
Qu'en pensez vous? Quelle aide lui apporter ? Un psychiatre pour enfant
peut il nous aider et aider Mai? Je ne souhaite pas que l'aide débouche
sur des médicaments. Dois- je plutôt chercher un psychanalyste pour
enfants et adultes.
- LA REPONSE DE DENISE VINCENT
Elle manifeste son sentiment d'insécurité en demandant à ses
parents "T'es toujours mon papa?" et même en se trompant
"Est ce que tu es toujours ma fille?"
Cette manifestation d'une pensée transitiviste est un des signes de son
absence de repères. Des parents adoptifs (mais tous les parents
n'ont-ils pas à adopter aussi leurs propres enfants) ont à se poser la
question : "cette petite fille est-elle ma fille, est-elle pour
toujours ma fille ?"
L'enfant est bien obligée de tenir compte des affects de ses parents,
de leur éprouvé à eux, ses parents, en référence aux siens.
L'adoption n'est pas un processus immédiat. Il se fait dans
l'engagement d'un processus symbolique qui ne va pas de soi. La
filiation naturelle est étayée par le jeu (imaginaire) des
ressemblances et des différences. Dans l'adoption il y a un certain
forçage à affirmer "Tu es ma fille, tu es mon fils". Auquel
l'enfant répond comme il peut. La recherche des origines est, tout le
monde le sait, ce qui vient, dans le cas de l'adoption, contredire la
filiation.
En classe, avec ses camarades, Mai reste en retrait puis jette son
dévolu sur un(e) camarade et son assiduité fait souvent que la
relation se termine mal. Elle demande souvent "T'es toujours ma
copine?" On voit que l'amitié se fait aussi sur le mode de
l'adoption et de la précarité. Son attente anxieuse ne facilite pas
les choses. En classe, dites-vous, ses maîtresses la trouvent dans sa
bulle, en décalage avec le rythme de la classe. Cette petite fille a
besoin d'être aidée. Elle pourrait rencontrer, si vous êtes passés
par une association d'adoption, d'autres enfants adoptés et vous
d'autres parents qui connaissent les mêmes difficultés.
Bien entendu, comme vous le dites aussi, l'aide à lui apporter n'a pas
à déboucher sur des médicaments. Cherchez plutôt une ou un
psychanalyste avec lequel vous puissiez, avec Mai, élaborer ce nouage
si délicat de l'adoption. Bon courage. |
|