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DANS LA SERIE MAMAN J'AI PEUR...
Numéro 4. Le devenir des crottes
De quoi l'enfant a-t-il peur ? L'enfant, plus que les adultes est sensible au bruit. Le
bruit de l'aspirateur qui empêche sa mère d'entendre ses appels, le bruit de la chasse
d'eau qui entraîne ce qu'il vient de produire et qui dans un tourbillon fait disparaître
ce qui l'instant d'avant faisait partie de son corps.
A ce propos je vais vous raconter la consultation d'une jeune mère avec son fils de trois
ans. C'est l'école qui l'avait adressée au CMPP (Centre Médico Psycho Pédagogique). Au
moment de la rentrée l'enfant avait refusé de se mêler aux autres enfants, dans la
classe des petits de l'école maternelle. Il était entré dans une rage folle, se roulant
par terre, poussant des hurlements en refusant d'être séparé de sa mère. Elle ne
l'avait jamais confié à qui que ce soit auparavant. Elle était provinciale se sentait
très isolée en région parisienne et ne s'était liée avec personne. Avec son travail,
qu'elle avait quitté à la naissance de l'enfant, elle avait perdu son dernier lien à
l'extérieur. L'enfant répétait ses crises d'angoisse dès qu'un étranger lui adressait
la parole, aussi bien en plein rue qu'au supermarché à la grande confusion de sa mère
silencieuse et discrète.
L'enfant était venu avec sa mère et, chose curieuse, dès l'entrée dans mon bureau il
nous avait superbement ignorées, sa mère et moi, et il s'était apparemment absorbé
dans les jeux mis à sa disposition. J'avais pris la précaution de lui dire : "Tu es
là pour écouter ce que dit maman et nous ne parlerons que lorsque tu le voudras".
Sa mère ne tarda pas à me faire comprendre que les difficultés apparaissaient chaque
fois que l'enfant avait besoin de faire pipi. Il n'était pas question qu'il opère devant
qui que ce soit. J'expliquais tranquillement à sa mère qu'il fallait le laisser se
débrouiller tout seul avec des culottes à élastiques faciles à baisser et renoncer à
organiser un rituel à heures fixes. Je vis ce petit garçon lever la tête et m'observer
du coin de l'oeil. Je poussais mon investigation un peu plus loin et je compris que ce
petit garçon était contraint de s'asseoir sur le pot alors qu'il était sûrement
capable d'uriner debout. Je m'adressais alors directement à l'enfant et lui demandais
s'il savait ce que devenaient ses crottes quand sa mère s'en emparait. Et devant son
regard interrogateur et attentif, je recommandais que ce soit lui qui vide le pot dans la
cuvette des wc et qu'il appuie lui-même sur le levier de la chasse d'eau et j'ajoutais
"les crottes ça ne sert à rien ni à personne et ça part dans les égouts"
Je n'entendis plus parler de ce petit garçon ni de sa mère dans les semaines qui
suivirent. Puis un jour, à l'heure du déjeuner on vint me signaler qu'un pompier en
uniforme désirait me parler. Ce très jeune homme, rose de timidité était chargé d'un
message par sa femme. Elle avait suivi à la lettre mes indications au sujet de leur fils
et me remerciait de tout coeur. L'enfant avait cessé toute crise d'angoisse, il avait
fait sa rentrée avec quelques retards . Quant à elle, elle avait repris son travail.
Renseignements pris à l'école, l'enfant s'adaptait bien dans sa classe et ne posait
aucun problème particulier. |