Halloween.
Bien surprenante est la façon dont les traditions
populaires passent d'un pays à l'autre. Depuis une dizaine d'années, une
fête extrêmement ancienne dans les pays anglo-saxons a fait son
apparition en France pour nos petits bambins, sous une forme bien
étrange.
Ce qui m'intéresse, c'est de constater comment une tradition qui s'appuie
sur la langue et les jeux de mots perd totalement son sens en passant dans
une autre langue. Il s'agissait à l'origine d'une fête appartenant au
folklore celte mieux préservée en Irlande qu'ailleurs qui est venue en
rivalité avec la fête de la Toussaint, fête religieuse qui était seule
autorisée par l'Eglise.
Halloween serait une déformation de "All souls eve" qui
signifie "veille de tous les saints", donc veille de la
toussaint. Les âmes des morts allaient de porte en porte pour s'amuser
une dernière fois avant d'entrer dans le monde des morts. C'était donc
une fête macabre grâce à laquelle les gens se protégeaient en
déposant des petits cadeaux en nature sur le pas de leur porte.
Si, à l'origine le pas de la porte était décorée d'une lanterne
creusée dans un gros navet, la tradition traversant l'Atlantique, la
lanterne devient creusée dans une citrouille aux Etats Unis et au
Canada.
La citrouille était un légume cultivé par les indiens qui n'existait
pas encore en Europe. Alors pourquoi les sorcières et les fantômes ont
ils accompagné les fameuses lanternes? Les sorcières rendent hommage à
Satan et elles se rendent au Sabbat, juchées sur un balai ou sur une
fourche qui rappellent les diablotins qui attisent le feu de l'enfer. La
lueur de la bougie à travers l'écorce de la citrouille est censée
évoquer les flammes infernales. Quant aux fantômes, ils sont habillés
du linceul dont sont enveloppés les morts.
Il faut saisir aussi toutes sortes de jeux de mots qui en font une fête
des enfants. Les enfants circulent de maisons en maisons en imposant un
choix presque homonymiques sur un ton menaçant:"trick or treat".
Trick: "je vais te jouer un mauvais tour, une méchante blague."
Treat:"Tu me régales, tu me donnes quelque chose de bon à
manger". Je déplore que la tradition se soit transformée et abâtardie.
Les maîtresses de maison faisaient de bonnes choses: des tartes, des
flans, des pumpkin-pie délicieuses, des recettes qui pouvaient être
faites de citrouille à cause de tout ce qui avait été retiré de la
citrouille évidée. Des potages aussi. Ce n'était pas ces horribles
bonbons poisseux, ces bonbons gélifiés bourrés de colorants qui sont
fabriqués tout exprès pour représenter l'horreur: les serpents, les
araignées, les vampires, les crapauds et les têtes de mort.
Arrêtez la fête commerciale du mauvais goût.
Faites retour à la bonne vraie pâtisserie. Quant aux déguisements de
sorcières et de fantômes, mon avis est mitigé. Je sais que beaucoup
d'enfants aiment faire peur, mais d'autres gardent des souvenirs
terrorisés qui ajoutés aux confiseries gluantes qu'ils auront absorbés
font que le lendemain ils sont blancs, non plus de leur grimage mais de
l'ingestion de ces confiseries ignobles. La fête perd ses origines
traditionnelles. Sait-on encore ce que sont Noël et Paques, transformés
en fièvre acheteuse et en orgie de chocolat.
L'économie de marché plus envahissante que jamais
va t-elle nous imposer ses lois. ? Halloween, fête paysanne à la fin des
beaux jours, au coucher du soleil, était l'occasion de jeux et de chants
des enfants en remerciement des petits cadeaux des adultes. Les enfants ne
confondaient pas Halloween avec le carnaval qui est la fête de la fin du
jeûne. Il s'agissait de dédramatiser les sorcières et leurs maléfices
grâce au contraste des figures candides des enfants et leur aspect
diabolique dans leurs déguisements. Cela rassurait jeunes et vieux à
l'entrée de la longue nuit de l'hiver.
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