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MÉDICAMENTS ET GROSSESSE
Les médicaments utilisés pendant la grossesse ont des effets différents sur la mère
et sur l'enfant à naître.
Celui-ci est sensible par la fragilité des ébauches anatomiques en cours de
développement. Leur atteinte peut entraîner des destructions définitives affectant
aussi bien les membres, la face, le cur que le système nerveux.
La durée d'action des médicaments est plus longue et plus profonde dans un organisme ne
possédant pas encore toutes ses possibilités de "digestion" tissulaires
(catabolisme).
Ceci peut paraître complexe pour le profane. Cinq histoires brosseront un panorama
suffisant pour tirer les conclusions nécessaires et éviter des souffrances bien inutiles
dans une période où la joie devrait être la règle et l'espoir un réel bonheur.
Certains médicaments sont trop dangereux pour une grossesse
Ses "boutons" d'acné l'empêchaient de vivre. A dix sept ans, pourquoi donc
chercher à être élégante quand le visage pustule, pourquoi apprendre quand, vielle
fille le travail vous sera donné
dans un placard ?
Après de nombreux échecs, Adèle est devant le médecin de sa mère et
celle ci supplie
le praticien de l'adresser à un bon dermatologue. Le généraliste promet que son dernier
traitement marchera. Il sera toutefois indispensable qu'Adèle prenne la pilule, la
grossesse étant alors menacée par un sérieux risque de malformation. (lire annexe 1)
Mère et fille s'offusquent bruyamment à l'évocation d'une aussi honteuse éventualité.
Apparemment rassérénées elles sortent avec l'ordonnance, mais, à la pharmacie, bien
d'accord entre elles, ostensiblement, mère et fille ne prennent que le seul médicament
" vrai ". Quelques mois plus tard, au soleil du printemps, Adèle découvre avec
ivresse son pouvoir de séduction, et telle Aphrodite dans les bras d'Anchise, elle
succombe
Oh ! le risque n'atteint pas scientifiquement la forte probabilité réclamée par la loi.
Pourtant, l'I.V.G., avec l'étiquette "thérapeutique" apaise, à la messe du
dimanche suivant, la conscience de l'ancienne. La plus jeune, en revanche, se trouve dans
une détresse qu'elle estime éternelle.
Si, comme les vieux médecins, le jeune prescripteur avait présenté l'utilisation
conjointe des hormones avec la prévitamine A (Roaccutane®) comme la nécessité de
mettre passagèrement au repos la fonction ovarienne en vue d'un résultat certain, sa
prescription aurait été acceptée par la pucelle et la duègne sans barguigner et sans
drame consécutif. Maintenant, avec le droit à la vérité, ça n'est plus possible ,
et
c'est la souffrance.
Une prescription est un tout. On ne pioche pas dans les traitements comme dans la carte
d'un restaurant (où il est toujours bon de solliciter des conseils du chef de rang).
D'autres affections médicales, souvent plus graves nécessitent des prises de
médicaments nocifs, gravement nocifs pour le développement embryonnaire. Une
contraception est absolument indispensable, dès lors que la femme est en âge de
procréer.
Le faible risque médicamenteux d'une grossesse au début
méconnu.
Après la visite prénuptiale, les fiancés suivent scrupuleusement le conseil donné
et Bernadette prend rendez vous pour la vaccination contre la rubéole qu'elle n'avait pas
subie dans son enfance américaine.
Elle ne regarde plus son calendrier, prend irrégulièrement sa pilule : A quoi bon
maintenant ? Une grossesse peut bien survenir : elle est même souhaitée. Le malheur veut
qu'elle ne se méfie pas des quelques jours de retard. Quand elle présente quelques
nausées, le souvenir lui revint que le vaccin, tiré directement du virus lui même,
malgré son "atténuation", pouvait reprendre théoriquement sa virulence par
une mutation inopinée. Bref, elle est désemparée, d'autant que la notice confirme que
la grossesse en cours est une contre indication.
Il faut l'assurance donnée par écrit au médecin traitant après la consultation d'un
Professeur pour qu'elle se sente rassérénée. A la naissance de Bill ,la sage-femme, au
courant de l'affaire, se dépêche de lui confirmer que le garçon est beau et solide,
vigoureux de partout, comme un Président bien connu.
Les centaines de femmes vaccinées au cours de la grossesse, en Finlande d'abord, il y
a plus de trente ans, mais également partout ailleurs n'ont jamais connu
"l'hypothétique et délétère mutation" imaginée par des biologistes
hyperscrupuleux : Les faits sont là. Qui aura le courage de le faire savoir à tous et
définitivement ? Une fausse prudence, en fait, mais une ignorance vraie font inutilement
souffrir.
L'engagement d'une compétence reconnue est toujours préférable aux notices légales.
Celles-ci, trop restrictives sont à l'origine de déclarations alarmistes, répétées
sur un ton entendu par d'ignorants prétentieux qui profitent lâchement de l'inquiétude
des gens pour pavaner. N'écoutez jamais les faux prophètes de malheur ! (lire annexe 2)
Des grossesses heureuses grâce aux médicaments.
La grossesse courageuse et méritée de Carole, la jeune diabétique (qui toute sa vie
sera sous traitement médicamenteux).
Elle n'est pas seule, elle le sait, mais n'imagine peut être pas que d'autres
affections entraînent des conditions similaires (autres maladies des métabolismes,
épilepsies, cardiopathies). Toutes ces jeunes femmes doivent en effet "préparer
leur grossesse", puis, la fécondation obtenue, continuer avec constance et
discipline des traitements médicamenteux souvent complexes. Elles savent l'absolue
nécessité d'une surveillance rigoureuse et adaptée à leur maladie et au calendrier de
la grossesse.
Des grossesses sont actuellement obtenues sans incidents ni accidents grâce aux
traitements médicaux qui protègent la future mère et son enfant. Ces progrès sont à
souligner face aux déclarations de faux écologistes, admirateurs béats d'une Nature
moins bonne qu'il n'y paraît. Ils ne connaissent pas la médecine aussi bien que madame
le docteur Dominique VOYNET, ministre par ailleurs, et qui ne me contredira pas.
Comment protéger efficacement la grossesse contre le risque
médicamenteux ?
La curiosité intellectuelle permanente de Donat, inspecteur des travaux finis,
séduisit Danielle. Son sérieux, parfois exagéré, la faisait même souvent rire. Quand
ils entrèrent dans mon bureau, le chef de famille à venir me déclara vouloir tout
savoir sur les mesures prises officiellement contre les risques médicamenteux au cours de
la grossesse. J'acceptai de les résumer : l'un et l'autre m'étaient sympathiques.
Dans la famille, Daisy avait subi les effets d'un antibiotique pris par sa mère pendant
la grossesse. La tétracycline avait provoqué une teinte verdâtre de sa dentition
définitive. Les traitements avaient éprouvé la jeune fille et le résultat n'était pas
parfait. Par ailleurs, une amie du couple était stérile parce que sa mère avait pris du
distilbène pour éviter une fausse couche.
Ces deux exemples, heureusement très exceptionnels justifient bien la nécessité d'une
observation prolongée avant de déclarer un produit nocif : une dizaine d'années, au
moins pour le premier ; plus d'une trentaine pour le second. Il convient d'être
circonspect, malgré les résultats jugés excellents de nouvelles thérapeutiques. La loi
et la science conjuguent actuellement leurs efforts qui semblent d'une efficacité bien
admise, sinon absolue.
L'autorisation de " mise sur le marché ", appelée A.M.M. exige des
conditions précises.
Si le produit contient des composés nouveaux, le laboratoire doit l'avoir testé sur
trois espèces animales différentes, par administration à un nombre important de
femelles à des stades divers de la gestation pour suivre les effets sur trois
générations.
Si le laboratoire, pour des raisons économiques décide de ne pas faire les expériences
coûteuses et longues, il doit, sur la notice, contre indiquer la prise du médicament
pendant la grossesse.
Les lenteurs de notre administration à donner l'A.M.M. est souvent critiquée si on songe
aux patients de pays étrangers déjà pourvus, et bien guéris. Une fois cet
inconvénient se transforma en avantages quand nous apprîmes les ravages de la
thalidomide en Allemagne.
Pourtant, si le médicament est depuis longtemps commercialisé, donc avec des prises
accidentelles nombreuses au cours de grossesses biensurveillées, le service de
pharmacovigilance du laboratoire qui collige tous les incidents ou accidents imputables au
produit sait, expérience ainsi faite, si des enfants en ont souffert. La notice n'est pas
pour autant modifiée, mais un simple coup de téléphone pendant une consultation permet,
devant la patiente qui entend, par haut parleur, la conversation des médecins, d'obtenir
confirmation que rien d'anormal n'a jamais été signalé. Tout le monde est rasséréné.
Votre médecin peut toujours vous faire connaître, au téléphone, pendant les heures
ouvrables les inconvénients éventuels constatés par la pharmacovigilance. Il ne
refusera pas, à votre demande d'y recourir en votre présence.
Bien entendu, j'explique pourquoi l'embryon et le jeune ftus sont plus sensibles
au début du bourgeonnement initial. Cette fragilité extrême aux stades ultra-précoces
explique la loi du tout ou rien, observée en particulier dans les cinq premières
semaines après les dernières règles observées.
Il convient, en définitive, d'être patient avant d'utiliser un médicament qui n'a pas
d'indication justifiée par le pronostic vital. Le bon médecin n'est pas celui qui
déclare soigner avec les produits les plus récents, surtout en ce qui concerne les
affections maternelles sans réelle gravité.
Ce fut l'enseignement de mes maîtres ; je l'ai suivi ; je n'ai jamais constaté
d'accident d'origine médicamenteuse, après une carrière bien remplie.
Médicaments et accouchement imminent : Emilie et son prématuré
L'histoire d'Emilie est trop fréquente et trop grave pour n'en pas parler. Elle
concerne près d'un nouveau-né sur dix adressé, en raison de ses difficultés
respiratoires à la naissance, pour un long séjour en réanimation infantile, dont,
hélas, certains ne reviennent pas indemnes et même peuvent ne pas revenir du tout.
Ce risque, trop souvent méconnu, est facile à comprendre. Si la mère a pris un
médicament qui passe au travers du placenta vers l'enfant, il passera en sens inverse
pour être progressivement et normalement détruit par le système métabolique maternel.
Si peu après la prise survient la naissance, l'enfant se trouve inondé par un produit
dont il a du mal à se débarrasser : au lieu de quelques heures, comme sa mère, il lui
faut alors au moins quinze jours, si ce n'est plus, délai très long si les effets du
médicament sont lourds à corriger.
Quand, avant le début du huitième mois, Emilie, qui attendait son premier, perd
inopinément les eaux, Ernest, son mari la conduit à la Clinique, après avoir prévenu
la voisine.
Celle-ci, déjà mère de deux enfants se précipite vers la jeune femme, la trouve
affolée, essaie de la calmer, et pour mieux y arriver lui donne ce tranquillisant qui a
si bien réussi quand elle était elle même inquiète pour la santé de sa mère.
Machinalement, Emilie avale les deux comprimés.
Elle ne s'en souvient même pas, plus tard, quand le pédiatre lui pose la question avant
d'emmener en couveuse la petite Evelyne. Malgré ses deux kilos celle-ci a un comportement
bizarre, rapidement inquiétant pour l'équipe soignante avec une détresse respiratoire
profonde qui persiste pendant quelques semaines interminables. C'est un dosage dont les
résultats sont commentés devant Ernest qui lui rafraîchissent la mémoire, mais
laissent Emilie relativement incrédule. Heureusement, tout se termine bien, mais le geste
amical de la voisine aurait pu avoir une suite fatale. Le séjour d'Evelyne , l'aide
respiratoire, la séparation auraient en tous les cas étés réduits de près d'un mois.
L'automédication, à l'approche supposée de l'accouchement doit être impérativement
bannie. La future mère peut obtenir, avec l'aide de l'accoucheur ou de la sage-femme un
état de tranquillité aussi profond, sans faire courir le moindre risque au nouveau-né.
Il suffit de donner un médicament dont on possède l'antidote. Ce dernier est injecté à
la naissance, et supprime alors les effets néfastes, tels que ceux constatés ci-dessus.
C'est le cas de la morphine qui n'a, à ma connaissance, jamais donné lieu à une
assuétude féminine ultérieure lorsqu'elle est prescrite dans ces circonstances.
Pour conclure, Quelques règles partagées par le couple médecin-patiente réduiront
fortement les risques :
- Le médecin doit toujours évoquer la possibilité d'une grossesse lorsqu'il prescrit
pendant la période de la vie où cette éventualité est possible
- La jeune femme en signaler la possibilité, au moindre doute.
- Les prescriptions doivent tenir compte de l'expérience acquise dans les effets
"collatéraux" observés pendant une période relativement longue.
- Les nouveautés ne sont prescrites que par nécessité absolue, après avis compétence
reconnue en pharmacovigilance.
- Aucune automédication n'est acceptable quel que soit le moment de la grossesse .
Ces précautions sont simples, en définitive, et doivent éviter les conséquences
fâcheuses sur le déroulement normal des processus nécessaires à une heureuse
évolution. Grâce aux médicaments ainsi prescrits les femmes et les enfants à naître
bénéficient de conditions de sécurité et de bien être incomparables jusque là.
- Annexe 1. Le produit contre l'acné est le Roaccutane®. Il tient
son efficacité dans le traitement de l'acné de ce qu'il diminue l'activité des glandes
à l'origine des boutons. Il a été observé, dans l'espèce humaine, des malformations
graves touchant les enfants portés par des mères prenant ce médicament. Ces
malformations, du cerveau, des yeux, du coeur et des vaisseaux, ont conduit à imposer une
contraception efficace à toute femme qui en prendrait alors qu'elle est en période dite
d'activité génitale, c'est à dire entre la puberté et la ménopause. La personne doit
aujourd'hui signer un papier où elle s'engage à prendre la contraception et accepter de
faire interrompre une grossesse qui surviendrait malgré les précautions prises.
Annexe 2. La rubéole est une maladie virale pour laquelle on ne
possède pas de traitement. Survenant chez l'adulte sain, elle est sans conséquences. Au
cours des vingt premières semaines de la grossesse, elle est responsable de très graves
dégâts causés à l'enfant à naître. Une vaccination est disponible et largement
appliquée en France. La prudence veut que l'on teste l'imunité des patientes en âge de
procréer qui consultent le gynécologue.
- édité le 13/06/99
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