Le pêle-mêle d'obstétrique

Par le professeur Claude Colette

MÉDICAMENTS ET GROSSESSE

Les médicaments utilisés pendant la grossesse ont des effets différents sur la mère et sur l'enfant à naître.
Celui-ci est sensible par la fragilité des ébauches anatomiques en cours de développement. Leur atteinte peut entraîner des destructions définitives affectant aussi bien les membres, la face, le cœur que le système nerveux.
La durée d'action des médicaments est plus longue et plus profonde dans un organisme ne possédant pas encore toutes ses possibilités de "digestion" tissulaires (catabolisme).
Ceci peut paraître complexe pour le profane. Cinq histoires brosseront un panorama suffisant pour tirer les conclusions nécessaires et éviter des souffrances bien inutiles dans une période où la joie devrait être la règle et l'espoir un réel bonheur.

Certains médicaments sont trop dangereux pour une grossesse

Ses "boutons" d'acné l'empêchaient de vivre. A dix sept ans, pourquoi donc chercher à être élégante quand le visage pustule, pourquoi apprendre quand, vielle fille le travail vous sera donné… dans un placard ?
Après de nombreux échecs, Adèle est devant le médecin de sa mère et celle ci supplie le praticien de l'adresser à un bon dermatologue. Le généraliste promet que son dernier traitement marchera. Il sera toutefois indispensable qu'Adèle prenne la pilule, la grossesse étant alors menacée par un sérieux risque de malformation. (lire annexe 1)
Mère et fille s'offusquent bruyamment à l'évocation d'une aussi honteuse éventualité. Apparemment rassérénées elles sortent avec l'ordonnance, mais, à la pharmacie, bien d'accord entre elles, ostensiblement, mère et fille ne prennent que le seul médicament " vrai ". Quelques mois plus tard, au soleil du printemps, Adèle découvre avec ivresse son pouvoir de séduction, et telle Aphrodite dans les bras d'Anchise, elle succombe…
Oh ! le risque n'atteint pas scientifiquement la forte probabilité réclamée par la loi. Pourtant, l'I.V.G., avec l'étiquette "thérapeutique" apaise, à la messe du dimanche suivant, la conscience de l'ancienne. La plus jeune, en revanche, se trouve dans une détresse qu'elle estime éternelle.

Si, comme les vieux médecins, le jeune prescripteur avait présenté l'utilisation conjointe des hormones avec la prévitamine A (Roaccutane®) comme la nécessité de mettre passagèrement au repos la fonction ovarienne en vue d'un résultat certain, sa prescription aurait été acceptée par la pucelle et la duègne sans barguigner et sans drame consécutif. Maintenant, avec le droit à la vérité, ça n'est plus possible , et… c'est la souffrance.

Une prescription est un tout. On ne pioche pas dans les traitements comme dans la carte d'un restaurant (où il est toujours bon de solliciter des conseils du chef de rang). D'autres affections médicales, souvent plus graves nécessitent des prises de médicaments nocifs, gravement nocifs pour le développement embryonnaire. Une contraception est absolument indispensable, dès lors que la femme est en âge de procréer.

Le faible risque médicamenteux d'une grossesse au début méconnu.

Après la visite prénuptiale, les fiancés suivent scrupuleusement le conseil donné et Bernadette prend rendez vous pour la vaccination contre la rubéole qu'elle n'avait pas subie dans son enfance américaine.
Elle ne regarde plus son calendrier, prend irrégulièrement sa pilule : A quoi bon maintenant ? Une grossesse peut bien survenir : elle est même souhaitée. Le malheur veut qu'elle ne se méfie pas des quelques jours de retard. Quand elle présente quelques nausées, le souvenir lui revint que le vaccin, tiré directement du virus lui même, malgré son "atténuation", pouvait reprendre théoriquement sa virulence par une mutation inopinée. Bref, elle est désemparée, d'autant que la notice confirme que la grossesse en cours est une contre indication.

Il faut l'assurance donnée par écrit au médecin traitant après la consultation d'un Professeur pour qu'elle se sente rassérénée. A la naissance de Bill ,la sage-femme, au courant de l'affaire, se dépêche de lui confirmer que le garçon est beau et solide, vigoureux de partout, comme un Président bien connu.

Les centaines de femmes vaccinées au cours de la grossesse, en Finlande d'abord, il y a plus de trente ans, mais également partout ailleurs n'ont jamais connu "l'hypothétique et délétère mutation" imaginée par des biologistes hyperscrupuleux : Les faits sont là. Qui aura le courage de le faire savoir à tous et définitivement ? Une fausse prudence, en fait, mais une ignorance vraie font inutilement souffrir.

L'engagement d'une compétence reconnue est toujours préférable aux notices légales. Celles-ci, trop restrictives sont à l'origine de déclarations alarmistes, répétées sur un ton entendu par d'ignorants prétentieux qui profitent lâchement de l'inquiétude des gens pour pavaner. N'écoutez jamais les faux prophètes de malheur ! (lire annexe 2)

Des grossesses heureuses grâce aux médicaments.

La grossesse courageuse et méritée de Carole, la jeune diabétique (qui toute sa vie sera sous traitement médicamenteux).

Elle n'est pas seule, elle le sait, mais n'imagine peut être pas que d'autres affections entraînent des conditions similaires (autres maladies des métabolismes, épilepsies, cardiopathies). Toutes ces jeunes femmes doivent en effet "préparer leur grossesse", puis, la fécondation obtenue, continuer avec constance et discipline des traitements médicamenteux souvent complexes. Elles savent l'absolue nécessité d'une surveillance rigoureuse et adaptée à leur maladie et au calendrier de la grossesse.

Des grossesses sont actuellement obtenues sans incidents ni accidents grâce aux traitements médicaux qui protègent la future mère et son enfant. Ces progrès sont à souligner face aux déclarations de faux écologistes, admirateurs béats d'une Nature moins bonne qu'il n'y paraît. Ils ne connaissent pas la médecine aussi bien que madame le docteur Dominique VOYNET, ministre par ailleurs, et qui ne me contredira pas.

Comment protéger efficacement la grossesse contre le risque médicamenteux ?

La curiosité intellectuelle permanente de Donat, inspecteur des travaux finis, séduisit Danielle. Son sérieux, parfois exagéré, la faisait même souvent rire. Quand ils entrèrent dans mon bureau, le chef de famille à venir me déclara vouloir tout savoir sur les mesures prises officiellement contre les risques médicamenteux au cours de la grossesse. J'acceptai de les résumer : l'un et l'autre m'étaient sympathiques.
Dans la famille, Daisy avait subi les effets d'un antibiotique pris par sa mère pendant la grossesse. La tétracycline avait provoqué une teinte verdâtre de sa dentition définitive. Les traitements avaient éprouvé la jeune fille et le résultat n'était pas parfait. Par ailleurs, une amie du couple était stérile parce que sa mère avait pris du distilbène pour éviter une fausse couche.
Ces deux exemples, heureusement très exceptionnels justifient bien la nécessité d'une observation prolongée avant de déclarer un produit nocif : une dizaine d'années, au moins pour le premier ; plus d'une trentaine pour le second. Il convient d'être circonspect, malgré les résultats jugés excellents de nouvelles thérapeutiques. La loi et la science conjuguent actuellement leurs efforts qui semblent d'une efficacité bien admise, sinon absolue.

L'autorisation de " mise sur le marché ", appelée A.M.M. exige des conditions précises.
Si le produit contient des composés nouveaux, le laboratoire doit l'avoir testé sur trois espèces animales différentes, par administration à un nombre important de femelles à des stades divers de la gestation pour suivre les effets sur trois générations.
Si le laboratoire, pour des raisons économiques décide de ne pas faire les expériences coûteuses et longues, il doit, sur la notice, contre indiquer la prise du médicament pendant la grossesse.
Les lenteurs de notre administration à donner l'A.M.M. est souvent critiquée si on songe aux patients de pays étrangers déjà pourvus, et bien guéris. Une fois cet inconvénient se transforma en avantages quand nous apprîmes les ravages de la thalidomide en Allemagne.
Pourtant, si le médicament est depuis longtemps commercialisé, donc avec des prises accidentelles nombreuses au cours de grossesses biensurveillées, le service de pharmacovigilance du laboratoire qui collige tous les incidents ou accidents imputables au produit sait, expérience ainsi faite, si des enfants en ont souffert. La notice n'est pas pour autant modifiée, mais un simple coup de téléphone pendant une consultation permet, devant la patiente qui entend, par haut parleur, la conversation des médecins, d'obtenir confirmation que rien d'anormal n'a jamais été signalé. Tout le monde est rasséréné.
Votre médecin peut toujours vous faire connaître, au téléphone, pendant les heures ouvrables les inconvénients éventuels constatés par la pharmacovigilance. Il ne refusera pas, à votre demande d'y recourir en votre présence.

Bien entendu, j'explique pourquoi l'embryon et le jeune fœtus sont plus sensibles au début du bourgeonnement initial. Cette fragilité extrême aux stades ultra-précoces explique la loi du tout ou rien, observée en particulier dans les cinq premières semaines après les dernières règles observées.
Il convient, en définitive, d'être patient avant d'utiliser un médicament qui n'a pas d'indication justifiée par le pronostic vital. Le bon médecin n'est pas celui qui déclare soigner avec les produits les plus récents, surtout en ce qui concerne les affections maternelles sans réelle gravité.
Ce fut l'enseignement de mes maîtres ; je l'ai suivi ; je n'ai jamais constaté d'accident d'origine médicamenteuse, après une carrière bien remplie.

Médicaments et accouchement imminent : Emilie et son prématuré

L'histoire d'Emilie est trop fréquente et trop grave pour n'en pas parler. Elle concerne près d'un nouveau-né sur dix adressé, en raison de ses difficultés respiratoires à la naissance, pour un long séjour en réanimation infantile, dont, hélas, certains ne reviennent pas indemnes et même peuvent ne pas revenir du tout.
Ce risque, trop souvent méconnu, est facile à comprendre. Si la mère a pris un médicament qui passe au travers du placenta vers l'enfant, il passera en sens inverse pour être progressivement et normalement détruit par le système métabolique maternel. Si peu après la prise survient la naissance, l'enfant se trouve inondé par un produit dont il a du mal à se débarrasser : au lieu de quelques heures, comme sa mère, il lui faut alors au moins quinze jours, si ce n'est plus, délai très long si les effets du médicament sont lourds à corriger.
Quand, avant le début du huitième mois, Emilie, qui attendait son premier, perd inopinément les eaux, Ernest, son mari la conduit à la Clinique, après avoir prévenu la voisine.
Celle-ci, déjà mère de deux enfants se précipite vers la jeune femme, la trouve affolée, essaie de la calmer, et pour mieux y arriver lui donne ce tranquillisant qui a si bien réussi quand elle était elle même inquiète pour la santé de sa mère. Machinalement, Emilie avale les deux comprimés.
Elle ne s'en souvient même pas, plus tard, quand le pédiatre lui pose la question avant d'emmener en couveuse la petite Evelyne. Malgré ses deux kilos celle-ci a un comportement bizarre, rapidement inquiétant pour l'équipe soignante avec une détresse respiratoire profonde qui persiste pendant quelques semaines interminables. C'est un dosage dont les résultats sont commentés devant Ernest qui lui rafraîchissent la mémoire, mais laissent Emilie relativement incrédule. Heureusement, tout se termine bien, mais le geste amical de la voisine aurait pu avoir une suite fatale. Le séjour d'Evelyne , l'aide respiratoire, la séparation auraient en tous les cas étés réduits de près d'un mois.
L'automédication, à l'approche supposée de l'accouchement doit être impérativement bannie. La future mère peut obtenir, avec l'aide de l'accoucheur ou de la sage-femme un état de tranquillité aussi profond, sans faire courir le moindre risque au nouveau-né. Il suffit de donner un médicament dont on possède l'antidote. Ce dernier est injecté à la naissance, et supprime alors les effets néfastes, tels que ceux constatés ci-dessus. C'est le cas de la morphine qui n'a, à ma connaissance, jamais donné lieu à une assuétude féminine ultérieure lorsqu'elle est prescrite dans ces circonstances.

Pour conclure, Quelques règles partagées par le couple médecin-patiente réduiront fortement les risques :

  • Le médecin doit toujours évoquer la possibilité d'une grossesse lorsqu'il prescrit pendant la période de la vie où cette éventualité est possible
  • La jeune femme en signaler la possibilité, au moindre doute.
  • Les prescriptions doivent tenir compte de l'expérience acquise dans les effets "collatéraux" observés pendant une période relativement longue.
  • Les nouveautés ne sont prescrites que par nécessité absolue, après avis compétence reconnue en pharmacovigilance.
  • Aucune automédication n'est acceptable quel que soit le moment de la grossesse .

Ces précautions sont simples, en définitive, et doivent éviter les conséquences fâcheuses sur le déroulement normal des processus nécessaires à une heureuse évolution. Grâce aux médicaments ainsi prescrits les femmes et les enfants à naître bénéficient de conditions de sécurité et de bien être incomparables jusque là.

Annexe 1. Le produit contre l'acné est le Roaccutane®. Il tient son efficacité dans le traitement de l'acné de ce qu'il diminue l'activité des glandes à l'origine des boutons. Il a été observé, dans l'espèce humaine, des malformations graves touchant les enfants portés par des mères prenant ce médicament. Ces malformations, du cerveau, des yeux, du coeur et des vaisseaux, ont conduit à imposer une contraception efficace à toute femme qui en prendrait alors qu'elle est en période dite d'activité génitale, c'est à dire entre la puberté et la ménopause. La personne doit aujourd'hui signer un papier où elle s'engage à prendre la contraception et accepter de faire interrompre une grossesse qui surviendrait malgré les précautions prises.

Annexe 2. La rubéole est une maladie virale pour laquelle on ne possède pas de traitement. Survenant chez l'adulte sain, elle est sans conséquences. Au cours des vingt premières semaines de la grossesse, elle est responsable de très graves dégâts causés à l'enfant à naître. Une vaccination est disponible et largement appliquée en France. La prudence veut que l'on teste l'imunité des patientes en âge de procréer qui consultent le gynécologue.

édité le 13/06/99