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Les conséquences du distilbène sur les fonctions génitales
L'historique
Le diéthystilbestrol, commercialisé principalement sous le nom de Distilbène est une
molécule qui a les effets d'une hormone sexuelle féminine sans y ressembler dans sa
structure. Des millions de femmes y ont été exposées. Non pas qu'elles l'aient avalée,
non. C'est leur mère qu'il l'a prise alors que, foetus, elles se développaient dans leur
ventre.
Ce médicament a été découvert en 1938 et commercialisé, aux Etats Unis d'abord puis
dans le reste du monde, à partir de 1948. De nombreuses études l'ont évalué et ont
conclu à son utilité dans les grossesses menacées. Il sera à l'origine de bien des
malheurs et ça n'est pas fini.
Dans la fin des années cinquante, parallèlement à l'avènement des dosages hormonaux,
il atteint des records de prescription, les auteurs préconisant des cures répétées, à
doses progressives de la 6ième à la 35ième semaine d'aménorrhée !!
En 1971 le lien est fait entre l'apparition, soudain exagérée, de cancers du vagin dits
à cellules claires et sa prescription chez les mères des jeunes filles porteuses de ce
cancer.
Il a fallu attendre 1977 pour que, sur le dictionnaire Vidal, le produit ne figure plus
parmi ceux qui sont conseillés pendant la grossesse. Il s'est donc passé 6 ans pour
qu'on réagisse en France !!
Pour ce qui est du risque du cancer, dont on verra qu'il n'est pas le seul, il est de
1/1000 femmes exposées, dans l'utérus, on dit in-utéro, de leur mère. Quand on sait
que près de 80000 filles ont été exposées dans ce pays, on s'attend à 80 cancers. On
en a trouvé 50. On en attend donc 30 autres en France d'ici 2015.
Pourquoi cette molécule cause-t-elle tant de dégâts ?
Au début de son développement, le ftus a un potentiel féminin et masculin. Les
ébauches des deux sexes sont là et le déterminisme chromosomique et les hormones vont
diriger vers un sens ou l'autre. Cette hormone, qui parvient au ftus dans le ventre
de sa mère quand celle-ci l'avale, agit sur ce développement. Elle a pu causer des
petits problèmes chez les ftus masculins mais elle a surtout modifié la façon
dont les ébauches des organes féminins se sont développées.
Quelles anomalies rencontre-t-on ?
- Au niveau du vagin et du col.
- Adénose.
Très fréquente. Elle se présente sous forme de plaques d'un tissu, l'épithélium
cylindrique, dont la présence est normalement limitée à l'intérieur du col. On les
retrouve dans ces cas là tapissant le vagin ou l'extérieur du col de l'utérus.
L'adénose est souvent silencieuse mais peut occasionner des pertes blanches excessives.
Les plaques régressent souvent spontanément. A leur périphérie, le risque est
néanmoins augmenté de voir survenir des cancers, de ceux que l'on voit sur le col
utérin.
On se contente de surveiller, par l'examen des lésions et le frottis.
- Les modifications de la forme du col.
Ils prennent plusieurs aspects. Ils sont plus petits, plus courts et le siège de fentes
et déformations diverses.
- Le cancer à cellules claires du vagin et du col.
Il se manifeste souvent par des saignements. Il est souvent diagnostiqué tardivement,
soit parce qu'on a cru à un dérèglement hormonal, soit parce qu'on n'a pas pu le voir,
les branches du spéculum recouvrant, lors de l'examen, les lésions qui se situent sur
les parois.
- Au niveau de l'utérus et des trompes.
- L'utérus est plus petit. La cavité est réduite, en forme de T. La
fréquence de l'atteinte de la cavité utérine varie entre 66 et 50% en fonction du
moment de la prise du distilbène par la mère. Plus c'est précoce, plus c'est grave.
- Les trompes. Les modifications sont sont plus rares et moins graves.
Quelles conséquences sur la grossesse ?
- Stérilité. L'exposition au produit entraîne une fréquence accrue de ce problème. Un
tiers des jeunes femmes ont eu à souffrir de périodes de stérilité primaire, c'est à
dire de difficultés à concevoir leur premier enfant.
- Le déroulement de la grossesse.
Plus d'avortements spontanés, plus de grossesses se développant hors de l'utérus (GEU).
On note aussi plus d'accouchements prématurés.
Il faut bien l'avouer, même et surtout quand on est médecin, on joue parfois aux
apprentis sorciers. On croit les protocoles destinés à tester les médicaments au point.
On préjuge de l'indépendance et de la clairvoyance de ceux qui publient des résultats
mirifiques et encouragent à les prescrire. Bref, on surestime largement son savoir et son
pouvoir. Depuis le Distilbène en passant par la thalidomide, le sang contaminé et la
vache folle, il faut prier pour que nos savants ne soient plus jamais fous.
Cette mise au point est largement inspirée d'un article du professeur Bernard Blanc, paru
dans Gynécologie de l'adolescente aux éditions Eska. |
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