L'accouchement par le siège

Par le professeur Claude Colette

POURQUOI CES PRÉSENTATIONS

La présentation du siège est définie par la position de l'enfant à naître qui, au moment de l'accouchement, se présente assis à l'entrée du bassin maternel .
Pourquoi donc ces trois à quatre pour cent des naissances se font elles donc à l'envers des autres et non, comme il convient," bille en tête"?
C'est une très bonne question, et qui mérite une réponse simple et pourtant vraie : se présentent par le siège les enfants qui n'ont pas fait leur dernière culbute dans le ventre de leur mère. Voilà la cause fondamentale de ces présentations.

Rappel des habitudes constatées.

Revenons, pour comprendre, au début de la grossesse quand l'heureux fruit des amours, avec sa grosse tête et ses petites fesses nage dans la vaste piscine qui lui est offerte. Il joue les dauphins des Cirques, bascule vers l'avant, pousse par l'arrière et écarte de côté, pour un oui, pour un non. Que sa mère s'étende et il se met à batifoler. Laquelle me démentira ?
Tout a une fin, qui s'explique par la mécanique. Au début du huitième mois, ou un peu plus tard, le postérieur du baigneur (fesses et cuisses) accroît son importance relative (pour imiter maman ?). D'autre part, l'abondance du liquide reste la même, diminuant ainsi en proportion. En fin de grossesse donc, le petit, lui aussi, se sent un peu gêné dans ses mouvements. Son siège trouvant une place plus confortable là où l'utérus maternel est le plus développé, c'est à dire en haut de l'abdomen, s'y loge et n'en sort plus. Sa tête se contente du bas de l'organe, se calant bien dans les os du bassin. Voilà pourquoi il ne culbute plus, ce petit, dès que l'immobilité est pour lui plus confortable. Il ne change plus la position, tête en bas, fesses en haut, avec laquelle il s'accommode le mieux jusqu'à sa naissance.
Tel est le comportement habituel du petit de l'homme ( et de la femme, pardon, madame ! ).

C'est l'absence de ce mouvement de mise en place définitive qu'il faut expliquer.
Les causes en sont multiples, diverses, le plus souvent retrouvées. Elles impliquent soit le fœtus lui même, soit l'environnement fœtal (les annexes amniotiques, placentaires ou le cordon) soit enfin l'utérus maternel.

Le fœtus.

  • La seule cause, liée à une " particularité " foetale en pratique, c'est la faiblesse de hanche. Ca entrave les culbutes. Autrefois, elle entraînait une boiterie, dite de naissance. Aujourd'hui, on va au devant de son diagnostic par les explorations échographiques (et parfois radiologique) de l'articulation du fémur et du bassin après la naissance. La manière de langer particulière, les cuisses bien écartées, prescrite remet toujours les os en place bien avant l'âge de la marche. La présentation du siège ne doit pas par elle même inquiéter les parents.
  • L'enfant peut naître avant le moment de la dernière culbute. Effectivement, la proportion des naissances par le siège est d'autant plus importante que l'accouchement est plus prématuré. Mais là aussi, il n'y a pas de règles, un prématuré peut se trouver tête en bas, après une culbute préalable faite dans le bon sens.
  • Certains enfants ont la mauvaise idée d'étendre leurs jambes, certainement parce que leur maman encourage ceux qui lui sont chers à se détendre quand ils sont près d'elle. Les enfants sont tellement obéissants ! Après avoir allongé devant lui cuisses et jambes, le petit peut avoir du mal à les replier et il est obligé de rester avec les cuisses contre le ventre, les jambes plaquées contre le thorax et les pieds de part et d'autre de la tête. Celui-là a quelques difficultés à culbuter avant l'accouchement.
    Lors du toucher, l'accoucheur ne peut pas percevoir les pieds, seulement les fesses. Les Anciens disaient" présentation du siège décomplété (incomplet), mode des fesses".
  • Il en est de même pour les bébés, c'est exceptionnel, qui maintiennent leur tête redressée en extension, (que les anciens disaient défléchie).

L'environnement

Il peut gêner les mouvements qui favorisent la culbute.
Trop de liquide ou pas assez et le fœtus flotte sans s'adapter ou se trouve coincé sans possibilité de bouger.
Le cordon peut se trouver accroché, fixé et alors toute tentative sera pénible pour l'enfant et irritante pour l'utérus tiraillé par le placenta.
Ce dernier, quand il est bas situé, peut également perturber la mobilité.

L'utérus maternel

Il est parfois un peu "resserré" du fond. Sa forme extérieure est cylindrique, comme la chambre qu'il contient, et l'enfant n'est pas tenté par le confort qui n'existe pas dans la partie haute de la matrice. Ceci peut disparaître pour les grossesses suivantes mais parfois la forme persiste et les accouchements par le siège se répètent, inquiétant de moins en moins une mère qui sait ce qu'elle doit faire.

Enfin, reste, comme souvent en médecine, une certaine proportion de présentations du siège pour lesquelles, ni avant, ni pendant, ni après la naissance n'apparaît évidente la moindre cause.

édité le 13/08/00