La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 30 novembre au 6 décembre 1998

Enceinte? attends d'être diplômée, installée, sans problème d'emploi... Retraitée, quoi!

Tout à fait récemment, une jeune femme, un peu affolée par la survenue d’une grossesse pas tout à fait prévue, me disait sa crainte de voir son entourage lui reprocher cette «faute d’inattention»…
Nous avons toutes connu ce sentiment. Cette fragilité qui, avec cette toute petite vie qui commence, que notre corps abrite, nous pousse à nous poser cent millions de questions… A force de tout maîtriser, de tout contrôler, preuve s’il en était besoin de notre performance sociale, nous nous somme laissées enfermer. Nous voulons des bébés, ils nous sont «nécessaires», indispensables à notre vie, mais ce n’est pas le moment.
D’ailleurs, c’est quand, le moment d’avoir un bébé ?
Quand on est étudiante ? On se dit que non, qu’on n’est pas assez riches, qu’on n’a pas les moyens d’offrir une vie correcte à ce petit être… On se dit qu’on n’est pas installés, que nos profs vont nous en vouloir, que nos parents vont nous rejeter en nous disant quelque chose du genre «tu l’as voulu, débrouille toi…».
Quand on est à la recherche de son premier emploi ? On se dit que non, qu’une femme qui a des enfants trouve beaucoup plus difficilement un employeur…
Quand on vient d’entrer dans une entreprise ? On se dit que non, qu’il faut laisser passer un peu de temps…
Quand on commence à s’installer de façon stable dans l’entreprise ? On se dit toujours non ! Non, cette entreprise ne va pas réussir à tourner sans moi…
Bref, le moment idéal pour avoir un bébé, c’est quand on est diplômées, installées, qu’on n’a plus de problème d’emploi… C’est à dire quand on est en retraite… Sauf que quand on est en retraite, en dehors de quelques cas très exceptionnels genre carrière dans l’armée offrant une retraite à 35 ans, ça ne marche plus !… Alors que faire ? Comment accepter que le moment le plus heureux de notre vie soit envahi de ces sentiments d’avoir fait le moins mauvais choix, et non plus le meilleur ? Comment accepter de qualifier d’accident toute grossesse non programmée ? Serions nous en passe de devenir mutants ?
Elle s’appelle Adeline. Elle est étudiante. Elle fait une thèse de mathématiques, cette année. Et elle attend un bébé. Et son bonheur est un peu gâché à l’idée de ce que ses parents vont lui dire. Et de ce que ses professeurs vont lui dire. Et de ce que tout le monde va lui dire… Si elle travaillait, son bonheur serait gâché par ce que son employeur risquerait de lui dire…
Mais franchement, est ce que c’est bien normal que la pression sociale soit si forte ? Alors je lui ai dit qu’un bébé, c’était le bonheur. Je lui ai dit que c’était la plus merveilleuse chose qu’elle ferait dans sa vie. Je lui ai dit qu’un gros ventre n’empêchait pas de réfléchir, d’ouvrir ses bouquins… Je lui ai dit tout ça. Parce que c’est vrai. Et que c’est vraiment inadmissible qu’un tel bonheur soit gâché par la pression sociale, parce que la pression sociale, c’est de nous tous qu’elle vient. Elle le savait, tout ça, Adeline… Elle est heureuse de ce bébé. Je lui ai dit aussi qu’elle devait ne pas redouter les réactions des autres. Parce que la pression, à force d’être si forte, en était devenue incohérente. Que si on cède à la pression, on n’a jamais d’enfant. Et que globalement, malgré toutes les idées préconçues dans lesquelles on baigne quotidiennement, on était gentils avec les femmes enceintes. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, d’ailleurs. On est gentils avec les femmes enceintes parce qu’elles sont tout près du miracle. Ou parce qu’on a peur qu’elles «piquent leur crise»… Des bonnes et des mauvaises raisons…

Moi, je crois au miracle. Les bébés en sont la preuve. Il y a quelque chose de divin et de sacré dans un bébé. Dans celui là et dans les autres… Alors, Adeline, sache qu’on est avec toi. Parce qu’on en a envie. Parce qu’on aime les bébés. Que sur Femiweb, on sera là pour t’aider, te conseiller, être près de toi parce que tu abrites cette merveilleuse petite vie… Et qu’on sera encore là quand il sera né. Femiweb existe aussi pour l’entraide.
Sois en sûre… Ce bébé, c'est une chance!

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

 

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