Athlète du sexe, pour la vie, ils l'ont inventé. Oh non...
Comment s'y retrouver, dans tout ça ?
On apprend, sortie du Viagra oblige, que les problèmes d'érection insatisfaisante
pouvaient conduire l'homme au suicide et au minimum lui faire perdre son emploi (sic des
multiples sexologues interrogés par les médias pour l'occasion ; je ne comprends pas
vraiment par quel mécanisme, n'ayant jamais testé ce type de compétences en
recrutement). Comme la même semaine on avait appris que les problèmes d'érection,
satisfaisante cette fois, pouvaient également conduire à la perte d'un emploi ou du
moins à sa nette précarisation, on a un peu de mal à comprendre.
La qualité de l'érection est donc en passe de devenir l'un des
plus élémentaires droits de l'homme.
En fait, tout ça semble être parfaitement concordant avec l'évolution actuelle de la
société. L'homme moderne a tout inventé. La libération sexuelle, le sport de haut
niveau, la communication, le droit, la démocratie et j'en passe. En fait, l'homme moderne
n'a rien inventé de tout ça et il suffit d'aller faire un tour à Pompei pour être
convaincu du contraire.
N'empêche. Pas un homme moderne n'a pensé qu'Otzi, un homme d'il y a plus de 5000 ans et
qu'on a retrouvé à 3000 mètres d'altitude dans un glacier des Alpes avait pu être un
aventurier, un explorateur
Non, on a dit que c'était sûrement un berger qui
s'était perdu
Evidemment ! Puisque c'est nous, les hommes modernes, qui avons inventé l'alpinisme
Non. En fait, ce qu'on a inventé, nous, les hommes modernes, c'est la normalisation. Et
comme en matière de sexe, la seule chose qu'on puisse réellement contrôler, c'est les
problèmes " mesurables " de taille, de durée, de diamètre et de puissance, on
se lance à cur joie dans un petit délire de performances
On avait réussi à coup de chimie à créer le sportif de haut niveau. Au point de
décourager les enfants et le commun des mortels qui ne court pas le 100 mètres en 10
secondes de faire le moindre sport. On justifie maintenant les inquiétudes "
humaines " vis à vis d'une " normalité supposée " de la sexualité par
le dopage sexuel
A ceci près que les activités sexuelles ne sont pas des activités sportives banales et
que l'expérience, la sensualité et l'érotisme sont à 90% dans la réussite d'une
relation. Sinon, quelle relation sexuelle possible quand on va, ou qu'on vient d'avoir un
bébé ?
Quel couple pourrait il ne pas exploser en cas de maladie de l'un ou
de l'autre, de douleurs, de rhumatismes, de je ne sais quelle raison qui vous place dans
des conditions de sportivité amoindrie ? Or, il semble que nous passions le plus clair de
notre temps à tenter de répondre, par nos comportements, à des attentes supposées de
l'autre ou à des questions qui ne nous sont même pas posées.
Nous, les femmes, nous nous sommes déjà faites avoir en laissant les magazines féminins
nous imposer comme cliché de la femme des adolescentes de 16 ans mesurant 1m80 pour 45kg.
Toutes les autres sont hors sujet
Cette course devient à peu près la même pour les hommes, d'ailleurs
Ils croient
qu'on aime qu'ils soient " beaux comme des boys bands " alors que, en tous cas
pour un certain nombre d'entre nous, le fait de ne pas se cogner sur une clavicule a
quelque chose de rassurant
Et sexuellement, c'est la même chose
Vous croyez
qu'on attend chez vous une quelconque performance en matière anatomique ? Mais si
c'était le cas, toutes les femmes, tous âges confondus, se jetteraient sur les boys
bands
Or ça n'est pas le cas. Nous, on vous aime quand vous êtes humains, quand vous savez
nous rassurer, nous faire rêver, nous aimer. C'est pas une question de performance.
(D'ailleurs, la plupart d'entre nous savent bien que l'amour et l'érection ne sont pas
des phénomènes exactement superposables
). Nous, on vous aime quand vous nous
aimez. Pas quand vous nous dites " Alors, heureuse ? "
Ca non. Vraiment,
vraiment pas ! Que la moitié du monde dit civilisé soit prête à assister en direct à
l'exécution publique d'un homme pour un " crime sexuel " particulièrement
" dégoûtant ", (au sujet duquel je me bornerai à remarquer que le
superproducteur indépendant a omis de nous préparer une reconstitution publique
)
et se déclare dans le même temps enfin soulagé de voir enfin arriver sur le marché la
petite pilule bleue, bleue comme la robe coupable, tout ça m'étonne un peu.
Reste le gros marché du viagra, la retraite (avancée). Avec le problème posé en
préambule qui est de savoir si l'érection est ou non à inclure dans la déclaration
universelle des droits de l'homme. Et là, je crois qu'on commence à perdre un peu la
boule. Non pas que je pense que la sexualité des personnes âgées soit un tabou.
Le problème n'est pas là.
Le problème est que je pense profondément que, de la même façon que quand on vient
d'avoir des jumeaux, on ne peut plus aller au cinéma, en boîte de nuit ou au restaurant
tous les soirs, et cela sans que ça soit particulièrement ni ringard ni honteux ni vieux
jeu, de la même façon que quand on est dans cette situation on ne vit plus comme quand
on avait 18 ans sans en être moins heureux pour autant, je pense sincèrement que chaque
âge a ses plaisirs.
Evidemment, à 75 ans et souvent même avant, on n'a plus le plaisir de courir le 100
mètres en 10 secondes. Mais on en a d'autres. Celui d'avoir du temps. De ne plus avoir de
soucis de boulot, d'enfants à élever. On a même parfois le bonheur de vivre avec
quelqu'un qui vous connaît, qui vous aime. Et de trouver normal de ne plus être aussi
" performant ".
Jusqu'à ce qu'on vienne vous dire que " ça se soigne ", preuve que "
c'était bien une maladie
". Tant pis pour ceux qui s'en sortaient avec un peu
plus de tendresse et d'inventivité. Et si on arrêtait, de vouloir courir après tous ces
modèles
D'ailleurs, le placébo marche bien sur pas loin de 30% des gens qui l'ont
essayé.
Preuve que le problème n'est pas si grave que ça
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |