La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 25 octobre au 2 novembre 1998

Lire la notices des médicaments  ! Vous n'y pensez pas ! Ça donne des boutons.

Très drôles, les notices de médicaments… Juste un exemple, en passant… " Ce médicament ne doit pas être utilisé chez les enfants de moins de six ans. En cas de doute, il est indispensable de demander l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien ".

La responsabilité médicale est décidément illimitée ! Parce que cette petite phrase, imprimée sans rire sur la notice du médicament mais aussi sur la fiche Vidal, qui porte les mentions "légales" destinées au médecin prescripteur, elle veut dire en gros que si vos n'êtes plus tellement sûr de l'âge de vos enfants, mieux vaut poser la question à un professionnel.
Bon, c'est vrai que, dans l'absolu, si vous n'êtes plus sûr de l'âge de vos enfants quand ils sont encore si petits, il peut être raisonnable d'en parler à votre médecin… Mais objectivement, cette phrase n'a pas été écrite pour ça. C'est un peu caricatural, mais comme c'est absolument vrai (je donne mes sources à qui me les demande…), pourquoi ne pas en parler ?
La réalité, c'est que le Vidal est plein de ce genre de choses. Sur les deux mille pages qu'il contient, plein de petites phrases de ce genre. Or, quand il ne s'agit que de doutes sur l'âge des enfants vis à vis de médicaments presque centenaires au sujet desquels on n'a plus aucune crainte, le problème peut ne rester qu'anecdotique. Il devient plus sérieux quand il s'agit de médicaments récents ou de situations plus spécifiques. Et très sérieux quand, sur 90% des notices et fiches Vidal confondues, on trouve inscrit quelque chose du genre "grossesse et allaitement : ATTENTION !". Et qu'on est même susceptible de trouver sur la même notice (même chose, je fournis mes sources…) : "ce médicament ne doit pas être utilisé (en capitales et en caractères gras...) à partir du 6ème mois de grossesse, pendant l'allaitement, …", puis, quelques lignes plus loin, "ne pas prendre ce médicament de façon répétée pendant l'allaitement". Deux informations contradictoires. Sur la même notice. Même chose sur le Vidal.

Résultat : si vous avez le manque de chance de tomber malade après être "tombée" enceinte (quelle belle expression, tout de même !…), votre médecin a neuf chances sur dix de devoir vous prescrire un médicament sur lequel vous risquez bien de lire ce genre de choses. Maintenant, si c'est le médecin qui suit votre grossesse qui fait cette prescription, généralement, vous avez assez confiance en lui pour vous dire qu'il en a l'habitude. Si c'est un autre médecin, le problème se corse. Si vous attrapez un gros rhume en vacances, vous avez alors toutes les chances de vous retrouver angoissée à la lecture des contre indications du médicament, et éventuellement allez déranger votre médecin habituel pour être rassurée.
Le problème se corse encore pour ce qui est de l'allaitement. On a en effet, pour ce cas précis, le sentiment que, dès qu'un médicament passe dans le lait, le laboratoire et les instances ministérielles chargées de la rédaction "juridique" des notices ouvre systématiquement une sorte de parapluie leur permettant de s'abriter de toutes les conséquences éventuelles que pourrait entraîner une utilisation du médicament. Passe encore quand ce médicament est contre indiqué chez l'enfant, évidemment… Mais la contre indication figure également pour les médicaments couramment utilisés en pédiatrie, et c'est plus étonnant… Ce qui est alors proposé, c'est un arrêt brutal de l'allaitement Coûte que coûte. Sans se soucier le moins du monde des conséquences souvent difficiles qu'entraîne cet arrêt brutal.

J'ignore, ne pouvant prendre en considération que mon expérience personnelle, s'il faut ou non mener campagne pour ou contre les médicaments pendant la grossesse, l'allaitement ou en général (ne prenez que les médicaments dont vous avez besoin… comme si on prenait des médicaments pour se distraire…). Ce que je pense, c'est que plutôt qu'être pour ou contre les médicaments, il vaudrait mieux être pour ou contre la maladie. Et même contre, tant qu'à devoir se prononcer…

Moralité ? C'est au médecin, et au médecin seul, de peser et d'assumer l'ensemble des risques. Ca serait effectivement moral si aucune étude n'était faite pour connaître de façon scientifique les conséquences de la prescription.
Ca ne l'est pas quand ces conséquences sont bien connues et qu'il s'agit exclusivement de ne faire porter qu'au médecin la responsabilité médicale d'un industriel et au malade, évidemment, l'angoisse.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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