La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 16 au 23 novembre 1998

Esculape, dieu de la médecine avait deux filles, Hygéa et Panacée. La première n'a pas trouvé de mari. Trop propre...

Une étude américaine récente révèle une information étonnante : seuls 6 gynécologues sur 10 se lavent les mains avant l'examen de leurs patientes. En voilà, une bonne raison de ne pas aller en Amérique… (Je plaisante, c'est sûrement pareil chez nous…) C'est carrément glauque.

L'étude ne dit pas s'ils se les lavent après, ni s'ils se les lavent de temps en temps, d'ailleurs… Bien… Restons calmes… Heureusement que l'épidémie de Sida est là. Maintenant, ils mettent des gants même pour nous toucher le bout du nez, les médecins. Cela dit, et compte tenu de l'étonnement qu'on peut avoir à la lecture des résultats de cette étude, il faudra sans doute un jour ou l'autre pour observer une rigueur scientifique permettant de tirer des conclusions réalistes faire une étude pour savoir s'ils jettent les gants…
On en rit, comme ça, mais ça n'est pas drôle. C'est même une question essentielle. Pas essentielle au sens où les médecins entendent le terme, qu'ils emploient pour qualifier tous les symptômes qu'ils ne savent ou ne peuvent pas relier ou imputer à une maladie précise, officielle et référencée, non, essentielle au sens où tout le monde l'entend. Oui, c'est une question essentielle. Plus encore que la médecine de pointe, c'est la "simple " propreté qui a fait reculer la mortalité maternelle au cours du dernier siècle. Cela dit, à la décharge de ceux qui font de la médecine de pointe, tout le monde sait bien que les "points" les plus difficiles à gagner sur une note sont ceux qui sont les plus proches de la perfection, mais quand même… C'est vrai que les règles d'hygiène, de par le fait qu'elles ont plus que d'autres une "histoire" et une interprétation personnelles, et même si elles ont de façon très significative augmenté de façon globale l'espérance de vie au cours de ces dernières décennies sont une arme à double tranchant. D'une part parce qu'il est difficile, au plan de l'éthique, d'en apporter une démonstration moderne et claire.
Au siècle dernier, on s'est rendu compte du problème en voyant que deux équipes obstétricales, dans une même ville, avaient des taux de mortalité maternelle très différents. Une des équipes se lavait systématiquement les mains avant les accouchements, et très peu de mamans mouraient, et dans l'autre les médecins ne se lavaient pas les mains et une maman sur trois mourait… Comme c'est une observation qui date d'à peu près 150 ans, on devrait la refaire si on voulait qu'elle puisse être validée, homologuée d'une quelconque façon par le ministère de la santé… On risquerait cependant de manquer cruellement de volontaires pour accoucher avec le "placebo" d'hygiène… Cela dit, c'était la grande époque des progrès de l'anatomie et de la chirurgie, et les médecins avaient pour habitude d'effectuer de façon courante accouchements et autopsies. Ca n'est, à ma connaissance, plus le cas aujourd'hui.

Par ailleurs, l'hygiène est, plus que d'autres, sujette à l'interprétation individuelle que chacun de nous peut en avoir, de par le fait qu'elle est souvent liée dans notre esprit à l'idée de richesse ou de pauvreté. Au point qu'il existe des malades de la propreté. De véritables phobiques du microbe, qui ont de façon très réelle le sentiment d'être sales à la première main serrée… A un degré moindre, ma première puéricultrice, celle qui s'est occupé à la maternité de mon premier bébé, en faisait partie. Ses conseils étaient clairs : se laver les mains avant et après chaque change, jusque là pas de vrai gros problème, avec une brosse, ce qui devient un peu plus chirurgical, mais aussi se laver le visage et même les dents avant de prendre son bébé et de l'embrasser. Elle n'imposait pas le port du masque, mais c'était limite… Non pas que ça conduise à éviter de prendre son bébé, mais ça conduit quand même à un vrai manque de spontanéité…
L'idée même de devoir faire bouillir mes seins avant chaque tétée a d'ailleurs contribué de façon assez claire à ma décision de ne pas allaiter ce bébé… Il est vrai que dans certains cas, l'hygiène et plus généralement la chasse permanente aux microbes, virus et autres saletés environnementales peut faire des ravages. Le fait que certains germes aient acquis une résistance à la plupart des antibiotiques en est un. Le fait de détruire indifféremment tout germe, y compris ceux qui nous assuraient une protection contre bon nombre de vraies maladies en est un autre. Il est vrai aussi qu'on a retrouvé une bonne dizaine de "marques " d'urine dans des cacahuètes placées sur des bars… preuve que dans la population générale, l'hygiène et particulièrement l'hygiène des mains semble relativement aléatoire… Cela dit, l'idée même qu'on puisse dépenser une énergie folle en matière de médecine de pointe quand les premières personnes concernées par l'hygiène semblent si peu concernées a quelque chose de dérisoire…

Reste à espérer que, si dans notre parcours de femme nous nous trouvons un jour confrontées à un gynécologue inconnu dans l'urgence, ce dernier n'aura pas mangé de cacahuètes….

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


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