La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth. Semaine du 07 au 15 novembre 1999

Accusée, levez vous !

Accusée, levez vous !… N'en déplaise au poète et à l'académie, mère est le mot avec lequel la rime est la plus riche quand on l'associe à coupable. Ca marche même, je crois, dans toutes les langues !… 
J'ignore si c'est nouveau, je sais que c'est actuel. Et ce que je crois encore plus actuel, c'est la façon que nous avons de composer avec ce sentiment de culpabilité, probablement lié depuis la nuit des temps à notre condition de mères, ou plus largement de parents.
Nous avons une telle répulsion pour cette culpabilité que nous arrivons à en nier jusqu'à l'existence du mot même. A transformer inculpation en mise en examen. Simple affaire de mots ? Pas si sûr. Car nous revendiquons haut et fort le fait de ne pas nous sentir coupables. Pas coupables de ne pas allaiter, pas coupables de ne pas garder nos enfants, pas coupables de ne pas toujours leur offrir l'écoute et l'attention que nous aurions souhaité leur accorder. 
Pourtant, nous le sentons, nous le regrettons même parfois, de n'être bien souvent pas à la hauteur de ce que nous aurions imaginé. Alors pourquoi, si nous nous sentons tous coupables un jour où l'autre de n'atteindre pas toujours les objectifs idéaux que nous nous étions fixés, pourquoi mettons nous un tel acharnement à revendiquer notre innocence ? Et si cette innocence tant recherchée aboutissait finalement à une moindre implication, sorte de vaste non lieu ? 
Et fondamentalement, c'est sans doute ce qui est nouveau dans la façon dont nous nous comportons en tant que parents, qu'individus. Car cette affirmation que nous n'y sommes pour rien, que la vie est ainsi, elle nous conduit à diluer à la fois ce que nous faisons de mal et ce que nous faisons de bien. A ne plus être en mesure d'affirmer de valeurs, de guides. 
Car évidemment, nous agissons tous avec nos enfants en fonction de l'histoire, de notre propre histoire. De la vie que nous vivons. Et en cela, il est également évident que nous ne sommes pas si coupables qu'il nous arrive de le ressentir. Devons nous pour autant accepter, au nom de la lutte contre la culpabilité, de ne jamais défendre comme meilleurs pour nous enfants aucun des choix que nous faisons pour eux ? 
L'allaitement en est un exemple. Pour ne pas culpabiliser les mères qui ne font pas ce choix, ne peuvent le faire pour des raisons tout à fait acceptables au plan personnel, nous plaidons collectivement comme si biberon ou sein étaient deux attitudes, deux choix strictement équivalents. 
Il en est de même au sujet de la conduite de front d'une activité professionnelle intense et d'une grossesse, ou plus largement des toutes premières années de la vie d'un bébé. 
Alors, au nom du droit fondamental à la non culpabilisation des mères, nous diluons les droits des enfants en n'imposant plus comme meilleure, ou même simplement normale, telle ou telle attitude. Au point que nous en arrivons même à dénier à l'enfant le simple droit d'avoir un père et une mère. Et pourtant, dans bien des cas, des enfants sont élevés, avec amour, par un père ou une mère seule. Avons nous pour autant le droit, sous prétexte que dans ces cas là ça marche, de faire purement et simplement abstraction de ce simple droit ? 
N'y a-t-il pas de situation normale ? N'existe-t-il jamais de situations plus enviable que d'autres du point de vue de l'enfant ? Devons nous, sous prétexte de défendre ce droit à ne pas être culpabilisée socialement, effacer, gommer l'implication que nous ressentons nécessaire à nos enfants ? Car c'est fondamentalement à la base de la société que nous construisons pour eux. 

Si toutes les situations leur sont présentées comme équivalentes, nous ne leur permettons plus de se construire en adhérant ou s'opposant à un modèle que nous ne leur offrons plus.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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