La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 23 au 30 août 1999

L'union libre... de raison

Liberté. Liberté chérie. Chèrement acquise, au point que la lutte pour la liberté semble n’avoir de cesse, être sans limite. Femme libérée. Libérée de ses grossesses, de ses enfants. Libérée de son mari, aussi. Libre de ne pas se marier, de vivre en union libre. Libre même de penser qu’on est libre.
Tout irait pour le mieux si l’on n’avait jamais le sentiment que les battantes de la liberté sont asservies à ce combat….
Au nombre des raisons invoquées pour refuser le mariage se trouve en très bonne place le divorce et les complications entraînées par la rupture d’un contrat. Ne pas signer de contrat, c’est de toute évidence ne pas avoir à le rompre. Et c’est vrai que les choses ne sont pas simplifiées par l’immixtion des avocats dans les déchirements que vivent parfois les couples. Pourtant, difficile de penser qu’une rupture, même sans avocat, soit une chose facile à vivre, une chose simple.
Le système judiciaire ne formalise d’ailleurs que la séparation des adultes, et ne complique pas exagérément la séparation des couples sans enfants. Mais il est totalement incapable de gérer correctement la séparation d’une famille. La famille, et ce bien au delà des croyances, est une et indivisible, et ça qu’on le veuille ou non.
Les parents qui se déchirent font, quelque soit le prix payé pour cette séparation, indissolublement partie de la même famille, de la famille de leurs enfants. C’est un droit de l’enfant, du petit homme. Le seul sans doute qui soit incontesté, au point sans doute que personne, pas même les avocats, ne pense à le défendre.
Une autre des raisons, moins souvent invoquée mais qui semble être excessivement présente, est l’image catastrophique qu’a le mariage sur la liberté de la femme, la liberté de la femme libérée, l’image qu’un mariage peut être de raison. Une femme mariée, en prenant le nom de son mari, deviendrait aux yeux de nombre de femmes libres le « satellite » de son mari, bénéficiant par le mariage de sa réussite sociale, sorte de «promotion canapé» de luxe nuisant vivement à son possible prestige professionnel tout autant que personnel… On n’épouserait un homme que pour bénéficier de son diplôme, de ses relations, de son carnet d’adresse…
Quelle place faite à l’homme par les féministes, place à laquelle les pires des machos n’auraient même jamais osé prétendre ! Quelle place immense, quel pouvoir reconnu sans vouloir le reconnaître !… Réussir grâce à nos propres diplômes, à notre travail personnel est une chose. Penser que si l’on est mariée c’est le diplôme de notre mari qui nous procure la réussite (sociale) en est une autre !… D’ailleurs, l’idée même qu’on doive ne rien devoir à personne, et surtout pas à son mari, me semble particulièrement aux antipodes de l’amour.
Aimer, c’est donner, croire en l’autre. Donner son temps, sa tendresse, mais, par définition, être aussi capable de les recevoir de l’autre. Or le mariage a ceci de particulier qu’il est «symétrique». Alors pourquoi penser plus particulièrement qu’une épouse tirerait des bénéfices de l’union qu’elle contracte et que l’homme, maître et seigneur et forcément (?) plus diplômé qu’elle, ne serait là que pour assurer la promotion sociale de son épouse ?…
A l’époque des mariages dits « de raison », on s’arrangeait essentiellement pour que les milieux sociaux soient équivalents, et ce essentiellement pour qu’aucun choc culturel ne vienne perturber l’union. En «inventant» le mariage d’amour, on a cru qu’on pouvait supprimer toutes ces convenances. Cette raison invoquée par les féministes prouve qu’il n’en est, hélas, rien. Au point qu’on en redoute maintenant de tirer un quelconque «bénéfice» de l’union formelle ou informelle qu’on contracte, aucun bénéfice même de l’amour. Comme si, derrière toute réussite, qu’elle soit masculine ou féminine, n’existait qu’un «travail» personnel dont on pouvait s’enorgueillir, en faisant abstraction de l’être, de l’individu et de son équilibre, lié en grande partie à l’amour qu’il reçoit.

Ce qu’ont inventé les féministes et plus encore les militantes de l’union libre, en l’occurrence, semble donc être l’union libre de raison, la raison n’étant plus de tirer bénéfice de l’union mais d’être sûre, certaine, de ne jamais se voir opposée l’idée qu’on a pu en tirer un quelconque bénéfice… De tirer, en fait, le bénéfice moral et personnel de ne pas tirer de bénéfices de la relation… Preuve, s’il en fallait, que la liberté est un bien si précieux qu’il est presque impossible d’en situer les limites…

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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