Les femmes en politique, c'est comme les noirs au
basket. Au début, il a fallu les imposer.
Rien doriginal. Je vous présente mes vux les plus
sincères et bien au delà des mots, je vous souhaite, à loccasion de cette
nouvelle année, dêtre heureuses et heureux. Dans votre travail, dans ce que vous
entreprendrez, dans vos amours, dans votre vie.
Pas ringard
Sincère.
Bon
Si je voulais faire moderne, je vous souhaiterais aussi dêtre élues. Et
pas seulement du cur de votre mari ou de vos petits, non, élues de la nation
En fait, je vous le souhaite aussi. En ce début dannée, nous allons enfin avoir la
chance de devenir mères et maires, de devenir paires de nos pairs
Le gouvernement a
enfin décidé de protéger, et même de valoriser, les plus faibles parmi les
citoyens
Voilà. Nous vivons dans un pays où les femmes sont plus nombreuses que les hommes
(51,3%), où pratiquement 60% des bacheliers sont des bachelières, mais dans lequel on
sapprête paradoxalement à modifier la constitution de façon à permettre aux
femmes daccéder aux responsabilités politiques. Bon
Nen déduisons pas
quil soit inconstitutionnel quune femme en France fasse de la politique, non,
mais disons quil y a un peu de ça
En réalité, ça nest pas tout à
fait contraire à la constitution, cest tout au plus contraire aux bonnes
murs
Mais comment vont ils réussir à voter un truc pareil ? !
Pourtant, de la politique, les femmes en font. Pourtant, lexercice du pouvoir, elles
y sont quotidiennement confrontées. Toutes. Les femmes du monde entier. Même celles qui
nont aucun droit, pas même celui de voter. Elles font de la gestion, gèrent autant
les finances que les emplois du temps, elles font des grands travaux, de ceux qui comptent
à long terme, bref, les femmes savent faire tout ça. Evidemment, elles le font
différemment. Les femmes, de par leur vie, de par la plus grande proximité quelles
entretiennent avec les enfants, de par leur constitution même, font de la politique
différemment.
Alors cest vrai
Pas brillant, comme idée, celle de se dire que lon va
nous «permettre» daccéder aux responsabilités politiques nationales grâce à
une loi plus que par la reconnaissance de nos compétences. Seulement, inversons un
instant les choses
Parce quun problème existe bel et bien. Nous avons les
hommes politiques les plus vieux du monde
Donc il faut changer quelque chose.
Changer en «admettant» des femmes parce que nous avons une position un peu ridicule au
cur de lEurope quant à la représentation féminine est un des abords du
problème.
Mais les hommes le savent bien, que nous sommes meilleures queux. Ils voient bien,
en entreprise, quà responsabilité équivalente, nous organisons moins de réunions
à 19 heures 30 parce que nous avons réussi à les organiser à un horaire plus
admissible... Ils voient bien, que nous sommes mieux organisées
Ils voient aussi
que nous nous y prenons mieux en politique. Parce quau lieu de gérer des conflits,
chose éminemment fatigante pour les faibles femmes, de surcroît cycliques, que nous
sommes, nous nous arrangeons pour éviter quils ne surviennent
Et si la
politique, ça nest pas ça, alors je nai rien compris
!
Alors pourquoi une loi sur la parité ? Eh bien justement, parce que les femmes arriveront
quoi quon fasse en politique. Cest une évolution contre laquelle personne ne
peut lutter. Ca fait maintenant des années que les femmes font les mêmes études que les
hommes
Ca fait maintenant des années quelles travaillent à lextérieur
de chez elles sans pour autant avoir abandonné leur rôle de mère, exercice idéal de
stratégie et de pouvoir. Il est donc évident quelles arriveront en politique.
Lassemblée ne fera donc, une fois encore, que suivre le mouvement. Et, loi sur la
parité oblige, nous serons contraintes à jamais à prendre, sur nos listes, 50%
dhommes.
Voilà pourquoi cette loi sera votée, aussi paradoxalement que cela
puisse paraître
Alors, bonne année à toutes et tous. Et que toutes celles que la
vie politique ne tente pas continuent dexercer ce doux pouvoir de rendre heureux les
leurs, délever leurs enfants, de donner la vie et lamour de la vie. Sans
elles, aucun pouvoir naurait de sens
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste) |