La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 4 au 11 janvier 1999

Les femmes en politique, c'est comme les noirs au basket. Au début, il a fallu les imposer.

Rien d’original. Je vous présente mes vœux les plus sincères et bien au delà des mots, je vous souhaite, à l’occasion de cette nouvelle année, d’être heureuses et heureux. Dans votre travail, dans ce que vous entreprendrez, dans vos amours, dans votre vie.
Pas ringard… Sincère.
Bon… Si je voulais faire moderne, je vous souhaiterais aussi d’être élues. Et pas seulement du cœur de votre mari ou de vos petits, non, élues de la nation… En fait, je vous le souhaite aussi. En ce début d’année, nous allons enfin avoir la chance de devenir mères et maires, de devenir paires de nos pairs… Le gouvernement a enfin décidé de protéger, et même de valoriser, les plus faibles parmi les citoyens…
Voilà. Nous vivons dans un pays où les femmes sont plus nombreuses que les hommes (51,3%), où pratiquement 60% des bacheliers sont des bachelières, mais dans lequel on s’apprête paradoxalement à modifier la constitution de façon à permettre aux femmes d’accéder aux responsabilités politiques. Bon… N’en déduisons pas qu’il soit inconstitutionnel qu’une femme en France fasse de la politique, non, mais disons qu’il y a un peu de ça… En réalité, ça n’est pas tout à fait contraire à la constitution, c’est tout au plus contraire aux bonnes mœurs… Mais comment vont ils réussir à voter un truc pareil ? !…
Pourtant, de la politique, les femmes en font. Pourtant, l’exercice du pouvoir, elles y sont quotidiennement confrontées. Toutes. Les femmes du monde entier. Même celles qui n’ont aucun droit, pas même celui de voter. Elles font de la gestion, gèrent autant les finances que les emplois du temps, elles font des grands travaux, de ceux qui comptent à long terme, bref, les femmes savent faire tout ça. Evidemment, elles le font différemment. Les femmes, de par leur vie, de par la plus grande proximité qu’elles entretiennent avec les enfants, de par leur constitution même, font de la politique différemment.
Alors c’est vrai… Pas brillant, comme idée, celle de se dire que l’on va nous «permettre» d’accéder aux responsabilités politiques nationales grâce à une loi plus que par la reconnaissance de nos compétences. Seulement, inversons un instant les choses… Parce qu’un problème existe bel et bien. Nous avons les hommes politiques les plus vieux du monde… Donc il faut changer quelque chose. Changer en «admettant» des femmes parce que nous avons une position un peu ridicule au cœur de l’Europe quant à la représentation féminine est un des abords du problème.
Mais les hommes le savent bien, que nous sommes meilleures qu’eux. Ils voient bien, en entreprise, qu’à responsabilité équivalente, nous organisons moins de réunions à 19 heures 30 parce que nous avons réussi à les organiser à un horaire plus admissible... Ils voient bien, que nous sommes mieux organisées… Ils voient aussi que nous nous y prenons mieux en politique. Parce qu’au lieu de gérer des conflits, chose éminemment fatigante pour les faibles femmes, de surcroît cycliques, que nous sommes, nous nous arrangeons pour éviter qu’ils ne surviennent… Et si la politique, ça n’est pas ça, alors je n’ai rien compris… !
Alors pourquoi une loi sur la parité ? Eh bien justement, parce que les femmes arriveront quoi qu’on fasse en politique. C’est une évolution contre laquelle personne ne peut lutter. Ca fait maintenant des années que les femmes font les mêmes études que les hommes… Ca fait maintenant des années qu’elles travaillent à l’extérieur de chez elles sans pour autant avoir abandonné leur rôle de mère, exercice idéal de stratégie et de pouvoir. Il est donc évident qu’elles arriveront en politique. L’assemblée ne fera donc, une fois encore, que suivre le mouvement. Et, loi sur la parité oblige, nous serons contraintes à jamais à prendre, sur nos listes, 50% d’hommes.

Voilà pourquoi cette loi sera votée, aussi paradoxalement que cela puisse paraître… Alors, bonne année à toutes et tous. Et que toutes celles que la vie politique ne tente pas continuent d’exercer ce doux pouvoir de rendre heureux les leurs, d’élever leurs enfants, de donner la vie et l’amour de la vie. Sans elles, aucun pouvoir n’aurait de sens…

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 

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