La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 5 au 12 avril 1999

La barbarie est toujours féconde

La der des der… La dernière guerre du siècle. On disait déjà ça en 14, mais cette fois, c’est nettement plus vraisemblable. Non pas qu’on soit devenus subitement plus pacifistes, plus humanistes, plus démocrates ou plus réalistes, non ! Mais faute de temps, cette guerre risque d’être au moins la dernière du siècle. Ils ont dix ans, ils habitent Paris, et ils dessinent des avions de guerre le mercredi après midi. Et si un jour on constate qu’ils sont nuls en histoire ou en géographie, qu’on ne les en blâme pas ; c’est décidément la faillite totale de cet enseignement ! La grande majorité de la planète vient d’apprendre où se situait Pristina, et on continue de revendiquer son (bon) droit de se faire sa propre expérience du racisme, sa propre épuration ethnique. Il y a quand même du nouveau. Maintenant, les frappes sont chirurgicales. Au temps de la guerre du feu, les hommes construisaient des tomahawks avec une pierre ficelée sur un bâton. C’était accessoirement chirurgical, mais un ennemi était un ennemi et on s’en chargeait personnellement… Aujourd’hui, en fait, les choses ont assez peu changé. Même les armes, n’ont pas changé de nom. Elles coûtent plusieurs millions de dollars, ne nécessitent plus de ficelle et permettent des frappes chirurgicales. Même plus besoin de s’occuper personnellement de son ennemi. Rentabilité presque nulle quant au nombre d’ennemis anéantis par l’arme en question. C’est le principe du chirurgical, garantie de modernité. Alors l’homme, le mâle, viole la femme de son ennemi, histoire peut être d’étendre sa lignée de vainqueur. La guerre du feu, mais en moderne. Faillite de l’enseignement, de la vie qui ne nous apprend rien. Faillite des systèmes d’information qui conduisent le monde à penser que tout peut être trafiqué et à ne plus croire en rien. Faillite du politiquement correct : lors des guerres, qu’on appelle toujours des guerres, on continue de violer les femmes de ses ennemis.

Et ça ne me semble pas constituer une avancée particulièrement reluisante qu’on qualifie maintenant ça de chirurgical.

Elisabeth Dielh (Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)

 


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