L'instinct maternel : mythe ou réalité ?
Au moment de mai 68, du féminisme militant et encore longtemps
après, on a dit de toutes parts que l'instinct maternel n'existait pas. Pas mal de
théories ont même été échafaudées sur le sujet. Comme s'il fallait, d'une façon ou
d'une autre, tordre le cou à cette " idée reçue " qui rabaisserait la mère,
donc la femme, au stade peu enviable intellectuellement de simple mammifère.
D'après le Littré, l'instinct serait en effet une " stimulation intérieure qui
détermine(rait) l'être vivant à une action spontanée, involontaire ou même forcée,
pour un but de conservation ou de reproduction ".
Qu'en est-il au juste ?
Il est vrai que dans nos sociétés occidentales, climatisées et aseptisées, l'instinct
est menacé. On n'a bien souvent plus ni faim, ni soif, ni froid, ni chaud, ni peur de se
faire manger par un autre animal que le banquier
Les écologistes nous culpabilisent
de ne plus vivre en harmonie avec la nature, les féministes nous culpabilisent si l'on
s'avoue un quelconque " instinct " et les pédiatres nous culpabilisent quand
nous semblons n'en avoir aucun
Comment s'y retrouver et faire la part des choses ?
Tout d'abord, je ne sais pas si l'instinct maternel est si purement maternel qu'on veut
bien le dire. Que tous ceux que le sujet fait sourire, et qui se disent qu'ils ne sont pas
touchés par le phénomène de l'instinct s'arrêtent là : nous sommes TOUS concernés.
Premier exemple : donnez à manger à la cuillère à un bébé sous le regard acéré
d'un camescope ou de votre conjoint. Tous, sans exception, nous ouvrons tous la bouche.
Essayez. Sincèrement
Si vous voulez la garder fermée, vous êtes obligé de faire
un effort. C'est donc une force nous poussant à une action involontaire. Donc un
instinct. L'instinct d'apprendre à nos petits à se nourrir. Il ne concerne pas seulement
les mères. Il concerne la totalité de la tribu du bébé, son papa, ses frères et
surs, les gens qui le nourrissent.
Deuxième exemple : de tous temps, les animaux ont toujours préparé un nid douillet à
leur bébé. On dit souvent qu'un des signes précurseurs de l'accouchement est d'avoir
une envie quasi irrépressible de faire, chez soi, un grand ménage. De tout nettoyer,
même ce qu'on ne nettoyait pas d'habitude. De tirer le réfrigérateur, de chercher des
recoins invraisemblables, d'avoir envie, alors que votre ventre serait sensé vous en
empêcher, de laver les plafonds
C'est quoi, ça, si ce n'est pas la traduction
" moderne " de la préparation du nid ? Quand à celles, irréprochables mais
dont je ne fais hélas pas partie qui lavent leurs plafonds toutes les semaines même
quand elles ne sont pas sur le point d'accoucher, qu'elles avouent sans rire ne pas avoir,
avec une fréquence surmultipliée, fréquenté les magasins de meubles ou de bricolage !
Toujours l'instinct
Et, d'après mon expérience, cet exemple de la préparation du
nid est nettement plus féminin.
Dernier exemple, cette fois tout à fait féminin : peu de temps après avoir accouché,
notre bébé, quand il pleure, nous donne inévitablement le sentiment que notre ventre se
noue. Ca n'est ni une réaction affective vis à vis de son chagrin, ni une simple
impression. C'est bel et bien un acte réflexe, qu'on pourrait tout à fait classer dans
la rubrique " instinct ". En entendant notre bébé pleurer, nous sommes quasi
inévitablement portées à le prendre pour le nourrir, et ce que nous l'allaitions ou que
nous ne l'allaitions pas. Le réflexe, l'instinct, était de le prendre pour le nourrir.
Le ventre noué, c'est parce que succion du sein, contractions utérines et production de
lait sont à ce moment là des phénomènes biologiquement reliés.
Je ne pense pas qu'il soit avilissant de reconnaître ces traces de
l'instinct maternel qui subsistent encore aujourd'hui, malgré la vie que nous menons pour
lutter avec la plus féroce des énergies contre tous nos instincts. J'ai récemment lu
avec effroi (j'exagère, un effroi tout relatif), dans un article passionnant d'Albert
Jacquard, que l'évolution avait mis la femme (donc l'homme) dans une situation qui avait
failli lui être fatale par rapport à sa " cousine " primate lorsque l'homme
avait multiplié par 20 le nombre de ses neurones, rendant le petit d'homme
nécessairement immature en naissant, et que sa femme avait perdu presque dans le même
temps les poils qu'elle avait sur la poitrine et qui permettaient au bébé de s'accrocher
pour téter
Je suis personnellement assez heureuse de cette évolution, quitte
à subir la contrepartie de devoir tenir mon bébé quand il tète
Les poils,
j'aurais pas trop aimé, surtout pour s'accrocher !
Mais à chaque fois que je me rends compte que, contre ma volonté, j'ouvre la bouche en
lui donnant à manger, ça me fait sourire.
Ca prouve qu'on est encore capable d'une relation un peu charnelle avec nos petits
Ca prouve qu'on ne maîtrise pas tout et c'est bien comme ça.
L'instinct est une belle chose. Une chose qui nous a permis d'arriver à un niveau
d'humanité si important que nous nous permettions de le juger inutile
Elisabeth Dielh
(Editorialiste de FemiWeb, animatrice de femiliste)
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