La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'EDITO D'ALBERT
L'édito du 15 au 22 février 2000

A quel sein se vouer ?

Ce jour là, quelques uns d'entre nous ont dû se ruer sur leurs dossiers, se prendre la tête entre les mains et chercher, dans le calendrier, le nom d'un saint auquel vouer ses seins, ou plutôt ceux de notre clientèle.
Il est probable que ça ait commencé pour certains dès le réveil, dès les infos de 7h 30. "Une étude parue dans le JAMA épingle le traitement de la ménopause. Selon les chercheurs, le risque d'avoir un cancer du sein augmente de 8% chaque année de prise d'hormone pour soigner la ménopause".
Soigner la ménopause, donner de la qualité à la vie, on y croit très fort mais ces chiffres, lancés ainsi, sont de nature à faire frémir la patiente et le prescripteur.
Et de se demander si certaines, certains, n'ont pas compris par là qu'à prendre 8% chaque année, en douze ans, ça faisait pas loin des 100%. Peut être plus vite même, puisque 8% sur le risque + 8%…
Vous voyez que la crainte, si on devait croire l'étude rapportée ainsi, pouvait être grande.
A FemiWeb et dans ses listes, en particulier Femiliste, on s'en est ému et on a chargé votre serviteur d'aller aux sources.
Le texte de l'étude était disponible, sur le site web de JAMA, (http://jama.ama-assn.org/)
Qu'est ce qu'il dit ? Il dit en résumé que l'étude faite sur 46 355 femmes ménopausées, pour une durée moyenne de 10,5 années, montre que la prise d'oestrogènes seuls augmente le risque naturel, 3,7% environ à 50-55 ans, de 1% par an et que la prise concomitante d'oestrogènes et de progestérone augmente ce risque de 8% par an. Entendez par là, 1% ou 8% du risque initial, dit naturel.
Qui prend des oestrogènes seuls à la ménopause ? Essentiellement les femmes à qui on a retiré l'utérus. En effet, les oestrogènes stimulent le velours utérin et induisent les cancers de ce velours quand ils sont présents seuls.
Qui prend l'association ? Pratiquement toutes les autres femmes traitées, la majorité en fait.
Augmenter un risque naturel de 8% par an, qu'est ce que ça veut dire ?
Reprenons ce risque de 3,7% à 50-55 ans. Cinq années de prise du traitement l'amène à 5,4%. C'est déjà moins inquiétant mais tout de même, sur une large population, le nombre de cancers supplémentaires pourrait être inacceptable. Prenons 1 000 femmes ménopausées traitées sur une période de 5 ans par une associations oestro-progestative, on observerait 17 cancers supplémentaires.
Comment se fait il que nous n'ayons pas l'impression, nous, praticiens, dans notre clientèle, de voir cette évolution là ?
Y aurait il un biais, un quelque chose qui ferait que ces études là ne pourraient pas être superposables à ce que nous voyons, en France ?
Peut être.
Tout d'abord, les produits utilisés aux USA ne sont pas ceux que l'on prescrit le plus chez nous. L'œstrogène est différent. Ils donnent des oestrogènes issus d'urine de jument gravide, un cocktail dont tous les composants ne sont pas tous utiles, voire dont certains seraient néfastes utilisés dans le contexte de la ménopause. Nous donnons des oestrogènes de synthèse, purs, identiques aux oestrogènes naturels.
Puis, le progestatif utilisé au Etats Unis a été mis en cause parfois et encore récemment comme contrecarrant les effets bénéfiques des oestrogènes, notamment sur le système cardio-vasculaire.
Enfin, dans cette étude, ils ont observé près de 196 666 années-femmes témoins, en français on dirait "années de femmes" observées dans les circonstances qui nous intéressent, 179 401 "années de femmes" traitées aux oestrogènes et seulement 17 422 aux oestrogènes associés à la progestérone, soit dix fois moins.
Voilà des raisons d'espérer déclencher moins d'effets délétères par nos prescriptions.
Une traitement alternatif est sur le point de voir le jour. On utiliserait un SERM, qui préviendrait, lui, la survenue des cancers du sein hormonodépendant. Serait ce le temps de brûler ce que l'on a adoré ?

Il n'en reste pas moins que des études comme celles ci doivent nous inciter à deux chose, au moins.
Mieux sélectionner encore les patientes à qui nous délivrons nos ordonnances.
Encourager des études similaires en France, évaluant des produits utilisés ici, sur des protocoles français.

En savoir plus:
Sur l'étude.
Sur les SERM

Albert Ohayon, staff de FemiWeb

 

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