Le droit à l'info
Vingt ans après la loi légalisant l'interruption
volontaire de grossesse, le drame est toujours là. Évidemment, la loi
sauve des vies, la vie de ces mamans qui, coûte que coûte, n'auraient
pas gardé ces grossesses. Mais aussi bonne ou généreuse qu'elle soit,
la loi ne change rien au fait que des grossesses non désirées
surviennent. Malgré le libre accès à la contraception, malgré tout ce
qui peut être dit ou fait en matière de prévention, un nombre
sensiblement équivalent d'interruptions volontaires de grossesse
subsiste. Et quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, cette constatation est
dramatique. L'interruption volontaire de grossesse n'est pas un droit de
l'homme, c'est un droit au pansement. Le droit d'être sauvée, soignée
d'une blessure, pas le droit de ne pas être blessée, d'en être
protégée… D'autant qu'évidemment la loi, aussi bonne soit elle, ne
peut soigner que l'aspect physique de la blessure et qu'elle ignore la
presque totalité de son aspect moral et affectif. Et ce n'est qu'en
agissant en amont de ces grossesses non désirées que la situation pourra
changer.
Alors, récemment, la pilule du lendemain a été mise en vente libre. Et
les infirmières scolaires ont reçu l'autorisation assez exceptionnelle
(je veux dire assez exceptionnelle compte tenu de la loi sur la
contraception existant en France) de la proposer aux jeunes filles dans le
cadre de l'école, ou plus exactement des collèges et des lycées.
Fallait-il le faire, la question est complexe. Ce qui est sûr, c'est
qu'agir en amont n'était pas simple. Ce qui est sûr aussi, c'est qu'agir
en amont, éviter à tout prix ce drame que constitue l'interruption
volontaire de grossesse était essentiel.
Alors qu'en penser?
Évidemment, ce travail, cette information sur la contraception, il doit
bien être fait, et si possible être bien fait. En amont. Avant. Avant
même que ne soit atteint l'âge de possibles premiers rapports sexuels.
Parce que c'est aberrant de connaître, à 11 ans, la totalité du
système solaire, des institutions démocratiques, de la reproduction des
fourmis mais d'ignorer son corps. La physiologie de la reproduction n'a
pas, a priori, de raison d'être plus repoussante ou plus rébarbative que
la physiologie de la digestion ou que l'anatomie de la dent. Et sa
méconnaissance entraîne encore bon nombre de drames. Mais ce travail en
amont ne doit pas négliger l'aspect moral, humain, affectif qui fait que
la reproduction de l'homme est différente de celle des autres
mammifères. C'est probablement la raison pour laquelle des voix se sont
élevées pour dire leur incompréhension. Parce que ne traiter que
l'aspect physiologique, c'est forcément parcellaire.
Pour autant, lorsqu'un accident survient, il est du devoir de chacun d'y
parer, y compris dans l'urgence. Quelques parents se sentiront sur la
touche? Mais n'est-il pas préférable que cette pilule du lendemain soit
délivrée par quelqu'un que simplement achetée, puisqu'elle est en vente
libre?… Personnellement, je crois que si.
Et je ne crois pas que le geste soit banal ou "banalisable". Il
est essentiel qu'à cette occasion, on redonne aux ados les moyens de
renouer le dialogue. De consulter. De voir où est l'erreur. De parler.
D'être capables d'en parler. Dans l'urgence, il est du devoir de chacun
d'écouter, même si ce n'est pas la bonne personne à laquelle on parle
en premier.
Parce que oui, le dialogue est important, essentiel…
Parce que, qu'il s'agisse d'interruption volontaire de grossesse, de
contraception ou de contraception d'urgence qu'on présente partout comme
un droit lié à la liberté de la femme et à sa faculté de disposer de
son corps, il me semble qu'on oublie trop fréquemment l'autre côté du
miroir.
Et qu'il ne faudrait pas que ce soit pile l'inverse. Il faut absolument
que, dans nos têtes, nous ne considérions pas cela comme un service
offert aux femmes ou aux jeunes filles pour qu'elles puissent s'offrir
librement. Car là, l'aliénation serait bien plus terrible.
Elizabeth Dielh, staff de FemiWeb |