La petite famille
 

Une femme et son temps

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L'OEIL ET LA PLUME
Chronique du réel
Tiré de l'édito d'Elizabeth Semaine du 18 au 25 janvier 2000

Le droit à l'info

Vingt ans après la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse, le drame est toujours là. Évidemment, la loi sauve des vies, la vie de ces mamans qui, coûte que coûte, n'auraient pas gardé ces grossesses. Mais aussi bonne ou généreuse qu'elle soit, la loi ne change rien au fait que des grossesses non désirées surviennent. Malgré le libre accès à la contraception, malgré tout ce qui peut être dit ou fait en matière de prévention, un nombre sensiblement équivalent d'interruptions volontaires de grossesse subsiste. Et quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, cette constatation est dramatique. L'interruption volontaire de grossesse n'est pas un droit de l'homme, c'est un droit au pansement. Le droit d'être sauvée, soignée d'une blessure, pas le droit de ne pas être blessée, d'en être protégée… D'autant qu'évidemment la loi, aussi bonne soit elle, ne peut soigner que l'aspect physique de la blessure et qu'elle ignore la presque totalité de son aspect moral et affectif. Et ce n'est qu'en agissant en amont de ces grossesses non désirées que la situation pourra changer.
Alors, récemment, la pilule du lendemain a été mise en vente libre. Et les infirmières scolaires ont reçu l'autorisation assez exceptionnelle (je veux dire assez exceptionnelle compte tenu de la loi sur la contraception existant en France) de la proposer aux jeunes filles dans le cadre de l'école, ou plus exactement des collèges et des lycées. Fallait-il le faire, la question est complexe. Ce qui est sûr, c'est qu'agir en amont n'était pas simple. Ce qui est sûr aussi, c'est qu'agir en amont, éviter à tout prix ce drame que constitue l'interruption volontaire de grossesse était essentiel.
Alors qu'en penser?
Évidemment, ce travail, cette information sur la contraception, il doit bien être fait, et si possible être bien fait. En amont. Avant. Avant même que ne soit atteint l'âge de possibles premiers rapports sexuels. Parce que c'est aberrant de connaître, à 11 ans, la totalité du système solaire, des institutions démocratiques, de la reproduction des fourmis mais d'ignorer son corps. La physiologie de la reproduction n'a pas, a priori, de raison d'être plus repoussante ou plus rébarbative que la physiologie de la digestion ou que l'anatomie de la dent. Et sa méconnaissance entraîne encore bon nombre de drames. Mais ce travail en amont ne doit pas négliger l'aspect moral, humain, affectif qui fait que la reproduction de l'homme est différente de celle des autres mammifères. C'est probablement la raison pour laquelle des voix se sont élevées pour dire leur incompréhension. Parce que ne traiter que l'aspect physiologique, c'est forcément parcellaire.
Pour autant, lorsqu'un accident survient, il est du devoir de chacun d'y parer, y compris dans l'urgence. Quelques parents se sentiront sur la touche? Mais n'est-il pas préférable que cette pilule du lendemain soit délivrée par quelqu'un que simplement achetée, puisqu'elle est en vente libre?… Personnellement, je crois que si.
Et je ne crois pas que le geste soit banal ou "banalisable". Il est essentiel qu'à cette occasion, on redonne aux ados les moyens de renouer le dialogue. De consulter. De voir où est l'erreur. De parler. D'être capables d'en parler. Dans l'urgence, il est du devoir de chacun d'écouter, même si ce n'est pas la bonne personne à laquelle on parle en premier.
Parce que oui, le dialogue est important, essentiel…
Parce que, qu'il s'agisse d'interruption volontaire de grossesse, de contraception ou de contraception d'urgence qu'on présente partout comme un droit lié à la liberté de la femme et à sa faculté de disposer de son corps, il me semble qu'on oublie trop fréquemment l'autre côté du miroir.
Et qu'il ne faudrait pas que ce soit pile l'inverse. Il faut absolument que, dans nos têtes, nous ne considérions pas cela comme un service offert aux femmes ou aux jeunes filles pour qu'elles puissent s'offrir librement. Car là, l'aliénation serait bien plus terrible.

Elizabeth Dielh, staff de FemiWeb

 

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