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Opération césarienne

lundi 1er novembre 2004.

Historique

L’histoire de la césarienne doit être étudiée de trois points de vue différents, même si, bien entendu existe un certain chevauchement, résultant des influences réciproques de l’un sur l’autre.

La mythologie

Elle est très riche, quelque soit la civilisation d’origine.
La branche gréco-romaine, à laquelle nous appartenons donne trois exemples bien connus. Apollon, découvrant l’infidélité de Coronis la tue, mais se ravise rapidement et ouvre le ventre qui portait son fils, Esculape. Zeus, constatant la mort de Semelé, brûlée par le feu divin, imprudemment allumé sur l’intervention perfide d’Héra, ouvre la morte pour extraire Dionysos, sain et sauf, mais très prématuré. Sacuisse servira de couveuse, jusqu’à la maturité acquise du héros. Virgile, dans l’Eneide, relate la naissance de Lichas, détaché du sein de sa mère sans vie, dans le livre X.
La branche perse, dans le Livre des Rois, raconte longuement les douleurs de Rudabeh, finalement opérée sur les conseils du vaniteux oiseau Simurgh, présent pendant l’intervention. La technique est décrite, avec l’analgésie due au vin, l’incision sur le flan gauche, et la naissance de Roustam, suivie de la suture arrêtant l’hémorragie.
Les orientaux ne sont pas en reste, et Bouddha, comme Brahma ont connu une naissance chirurgicale.

L’histoire juridique.

Elle commence avec Numa Pompilius(715-672),dans le Pandecte. Celui-ci demande l’extraction du fœtus viable immédiatement après un éventuelle mort maternelle. Le droit romain sera constant à ce sujet et rappelé une nouvelle fois par Justinien (Digesta). Pline relate l’extraction de Scipion hors du ventre de sa mère Aurélia .Est-ce parce qu’il fut le vainqueur de Carthage, et donc devenu l’Africain, général victorieux, appelé César lors de son triomphe que l’opération prit le nom de Césarienne ? Certains le pensent, moi pas. Tout le monde est d’accord pour affirmer que Jules n’est pas né ainsi, puisque sa mère était encore vivante aux débuts de sa vie publique, et qu’aucun auteur latin ne s’est avisé d’écrire quoi que ce soit sur un événement qui aurait été aussi exceptionnel. Personnellement, je partage l’avis de ceux qui estiment que la simple étymologie est à l’origine du mot, comme par ailleurs de ciseaux.
Les Juifs, par la Mishnah, envisagent la naissance de jumeaux (Niddah 5 :1) par coupure de l’abdomen, ajoutant qu’aucun d’eux ne bénéficierait des droits d’aînesse et que la mère, survivante, n’aurait pas à se purifier ( il n’y en a certainement pas eu beaucoup).
Les chrétiens, par le Sacra Embryo du chanoine Cangiamilia, demandent que tout décès, pendant la grossesse, même si le médecin appelé affirme la mort fœtale, entraîne l’extraction en vue du baptême, quel que soit l’âge de l’enfant à naître. Il va plus loin, demandant au prêtre, en l’absence de médecin d’opérer lui même.
Tout le Moyen-Age chrétien est imprégné de cette obligation faite de soustraire l’enfant des méfaits du péché originel. Certains estiment qu’il faut opérer dès que la mort apparaît inéluctable, ce qui entraînera des correctifs faciles à prévoir, avec en particulier la présence devenue juridiquement obligatoire d’un médecin pour faire le constat et éventuellement intervenir(rappel fait encore en 1899 !).

La technique

Elle commence réellement son histoire avec l’ouvrage de François Rousset, publié en français "pour obéir au commandement de feu Madame et Maîtresse Renée de France fait quelque peu avant son décès". En 1581, l’auteur se penche sur la préparation psychologique de la patiente, sur la disposition du matériel, à portée de main, sur l’installation de l’opérée, sur le tracé de l’incision (latéral gauche, pour éviter le foie, sur les gestes du chirurgien, "remettre la matrice doucement dans son lieu sans y rien coudre"…… Bref, c’est du sérieux, d’autant qu’il traite également des indications et des soins postopératoires. Depuis le début du XVI° siècle existait en fait ce qu’on appelle un prurit opératoire qui démangeait certains en les poussant à tenter l’intervention chirurgicale sur parturientes vivantes, mais dans l’impossibilité d’accoucher par les voies naturelles. L’occasion était trop belle pour Ambroise Paré de rappeler quelques évidences qu’on appellerait "bio-éthiques" aujourd’hui : la mort de toutes les opérées condamnant formellement toute tentative. Son gendre Guillemeau, puis plus tard Mauriceau prirent le relais : c’était nécessaire. On racontait qu’un châtreur de porcs helvète avait opéré avec succès son épouse à la fin de ses quatre grossesses parce que "l’embouchure naturelle était suffisante à recevoir la géniture, mais non à rendre l’enfant". On insistait sur la nécessité du baptême avant la mort de l’enfant, donc quand la mère était encore vivante. Les vrais accoucheurs tenaient bon, continuant à préconiser la version par manœuvres internes qui avait fait ses preuves depuis le II° siècle et Soranos d’Ephèse. Ils tiennent compte des croyances et Mauriceau fait fabriquer une sorte de clystère permettant l’ondoiement de l’enfant encore in utero. En 1800, une série de 24 césariennes pratiquées sur femmes vivantes compte 24 morts maternelles. Il faut attendre la fin du XIX°, le matériel de suture résorbable, l’anesthésie générale et surtout l’asepsie pour que la mortalité maternelle, encore non négligeable, devienne acceptable dans les cas "purs", lorsque l’infection n’avait pas préalablement atteint l’utérus. Adolphe Pinard peut enfin, en 1905, écrire que l’embryotomie (morcellement) de l’enfant vivant n’a plus d’indication.
A partir des années 1950, la transfusion sanguine et les antibiotiques entraînent l’effondrement du risque vital maternel (comme pour les avortements médicalisés).


Professeur Claude Colette
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